Jin, la chaise « 100% bio » : info ou intox ?

Qu’est-ce qu’un matériau composite ? C’est un matériau constitué d’au moins deux composants : une « matrice » qui assure la protection et la cohésion de la structure et un « renfort », qui assure la tenue mécanique. Ces deux matériaux ne se mélangent pas, mais leurs propriétés se complètent. Le béton armé par exemple est un composite béton/acier. L’aéronautique est gourmande de composites depuis ses débuts, l’automobile espère perdre un peu de poids grâce à eux (ce qui n’est pas gagné, pour diverses raisons dont nous reparlerons peut-être dans un autre article)… Mais l’un des inconvénients à mélanger ainsi des composants différents, c’est la difficulté en fin de vie à les séparer pour les recycler.

OFFECCT est un éditeur suédois de mobilier contemporain qui s’engage dans la création de meubles durables et a présenté en février dans le cadre de la « Stockholm Furniture Fair » une chaise du designer japonais Jin KURAMOTO revendiquée comme « 100% bio » (à droite sur la photo). La chaise est en effet constituée d’un renfort en fibres de lin et d’une matrice en PLA (ou acide polylactique), un polymère biodégradable issu de ressources renouvelables telles que la canne à sucre ou le maïs. L’association des fibres de lin et de la résine confère légèreté et résistance à cette chaise.

A priori, le mélange lin/PLA semble en effet intéressant du point de vue environnemental. Mais il ne suffit pas d’être « théoriquement » durable et recyclable, encore faut-il l’être concrètement et surtout économiquement : certains plastiques recyclables dans le principe ne sont en fait pas recyclés car il n’existe pas de filière de recyclage économiquement rentable. Dans le cas de la chaise JIN (du nom de son créateur), il est intéressant de noter à gauche sur la photo sa petite sœur jumelle en… fibres de carbone. S’il s’agit de « vraies » fibres de carbone, alors elles ne sont pas d’origine renouvelable et leur recyclage n’est à ce jour pas une réalité. Nous prendrait-on pour des bleus à vouloir ainsi tout peindre en vert ?

 

Photo : OFFECCT

Recyclage : même les stations-service sont concernées !

Il y a cent ans, le développement de l’industrie automobile a révolutionné la vie quotidienne des pays développés. Le monde a subitement rétréci, il est devenu incroyablement facile d’aller plus loin plus vite et les stations-service ont poussé comme des champignons. « Mobilité » rimait avec « proximité » des sources de carburant.

Mais les chocs pétroliers sont passés par là. Si le pétrole n’est pas épuisé, le pétrole bon marché lui est en passe de l’être. Sans compter que sa combustion génère du dioxyde de carbone dont la concentration atmosphérique augmente, impactant le climat : qui peut encore le nier sans être malhonnête ou stupide (voire les deux) ?

Le cabinet d’architecture GENSLER et l’équipementier sportif REEBOK ont imaginé ensemble la reconversion des stations-service américaines. Dans leur projet commun, les « petrol stations » qu’ils considèrent condamnées à terme, sont recyclées en « fitness centers » : au final, il est bien toujours question de « fourniture d’énergie » !

Chez GENSLER, on reconnaît que le projet est encore très conceptuel mais on se déclare optimiste quant à sa capacité à devenir réalité. A suivre…

 

Pour aller plus loin :

Gensler and Reebok reimagine US gas stations as gyms

The Gym Of The Future is Closer Than You Think

Recycled is the new black

« La chaise Ioda est emboîtable et possède une assise large. Extrêmement confortable et résistante, elle équipe collectivités et particuliers » : c’est ainsi que l’entreprise SOGEMAP située en Charente Maritime présente l’un de ses best-sellers. Cette année, SOGEMAP la propose en plastique recyclé, « parce que les déchets plastiques n’ont rien à faire sur les plages ».

Seule contrainte à ce stade : pour ses 20 ans, Ioda se voit offrir une petite robe noire car recycler ensemble des plastiques de toutes les couleurs donne obligatoirement un mélange sombre et indéfinissable, que le plus simple est de colorer… en noir.

Pour avoir travaillé sur le sujet, je peux vous dire que des alternatives sont envisageables : bleu marine, vert sapin, gris tourterelle (celui-ci avait ma préférence)… Un peu d’imagination et un designer couleurs et matières sont alors bien utiles. Quant à proposer des teintes claires, cela veut dire trier les plastiques recyclés par couleur en amont de la mise en oeuvre et l’économique prend alors le pas sur la technique, du fait des coûts de main d’oeuvre actuellement nécessaires.

 

Source et photo : FRANCE BLEU

Soufre et colza : le jaune est la couleur de la rentrée !

La convention de Minamata sur le mercure, adoptée par les Nations Unies en 2013, est entrée en vigueur le 16 août dernier. Ses 74 pays signataires ont l’obligation de protéger leurs citoyens des effets nocifs du mercure et de mettre en place un contrôle des activités polluantes, comme l’exploitation artisanale des mines d’or, le raffinage du pétrole et du gaz naturel, la métallurgie ou même l’agriculture.

Le mercure est en effet un poison violent dont les effets étaient déjà décrits par Pline l’Ancien au 1er siècle. Les composés du mercure utilisés pour traiter les feutres destinés à la fabrication de chapeaux auraient d’ailleurs inspiré à Lewis Caroll le personnage du chapelier fou d’Alice au pays des merveilles.

On estime à 1 400 tonnes par an la contamination des eaux et des sols par le mercure utilisé pour la seule exploitation des petites mines d’or artisanales, lesquelles sont essentiellement situées dans des pays pauvres. Or s’il existe déjà des solutions de remédiation, elles sont généralement coûteuses.

Le moment était opportun pour qu’une équipe de chimistes australiens publie les résultats de ses travaux sur un traitement « low cost » des déchets contaminés par le mercure. En mélangeant de l’huile de colza ou de tournesol usagée (un sous-produit de l’industrie agro-alimentaire) à du soufre (un sous-produit abondant et peu coûteux de la pétrochimie), ils ont obtenu un polymère, un genre de caoutchouc synthétique, suffisamment polyvalent pour capturer le mercure sous ses formes les plus communes.

Recycler pour dépolluer : c’est le « double effet kiss-cool » appliqué à la protection de l’homme et de l’environnement (les deux étant indissociables bien sûr).

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/chem.201702871/full

Le renouveau du terrazzo

En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans, si l’on en croit un rapport de la Fondation Ellen MacArthur publié l’an dernier.

Le designer australien Brodie Neill est donc parti à la pêche pour nous proposer cette table « Gyro » faite d’un « terrazzo » nouveau : 70% de déchets plastiques ramassés sur les côtes et 30% de résine. Le résultat est magique, non ? De quoi voir nos déchets d’un autre œil et nous décider à changer la déco ! A raison de 8 millions de tonnes de plastiques déversés en mer chaque année, nous ne manquerons pas de tables… mais n’aurons peut-être plus de poisson à y poser.

https://www.treehugger.com/eco-friendly-furniture/recycled-ocean-plastic-gyro-table-brodie-neill.html

Recyclage du PET : le diable est dans les détails

Le rendement des recycleurs de PET (polyethylene terephtalate) a chuté de 73 à 68% depuis 2011 : pourquoi ?

Les bouteilles transparentes sont toujours plus fines, donc les paillettes de matière produites au recyclage aussi, augmentant la perte durant le processus. Une fois de plus, le diable est dans les détails : pour gagner sur la matière vierge (et le coût, ne soyons pas naïfs), nous pénalisons la fin de vie !

De plus, les applications alimentaires s’étendent désormais aux bouteilles opaques et aux barquettes, or les systèmes de collecte n’ont pas suivi cette complexité nouvelle.

Il y a donc deux axes de progrès :

D’une part il faut travailler en amont sur l’éco-conception des emballages en PET pour améliorer leur recyclabilité.

D’autre part il faut, en aval, revoir les procédés de tri pour préserver la qualité des flux « historiques » (le PET transparent) et développer des filières dédiées pour le traitement du PET opaque et des barquettes.

https://www.recycling-magazine.com/2017/07/17/pet-recyclers-suffer-lower-input-qualities/

Après les blue suede shoes…

Voici les ROTHY’S : des ballerines en PET recyclé créées par Roth Martin et Stephen Hawthornthwaite à San Francisco. Déclinées en deux formes et une multitude de couleurs, elles sont réputées légères, confortables et lavables en machine. Elles sont en outre recyclables : si vous n’en voulez plus, vous pouvez les retourner gratuitement à PLUSfoam, une société qui recycle déjà les produits de PATAGONIA ou THE NORTH FACE notamment.

https://rothys.com/