Recycled is the new black

« La chaise Ioda est emboîtable et possède une assise large. Extrêmement confortable et résistante, elle équipe collectivités et particuliers » : c’est ainsi que l’entreprise SOGEMAP située en Charente Maritime présente l’un de ses best-sellers. Cette année, SOGEMAP la propose en plastique recyclé, « parce que les déchets plastiques n’ont rien à faire sur les plages ».

Seule contrainte à ce stade : pour ses 20 ans, Ioda se voit offrir une petite robe noire car recycler ensemble des plastiques de toutes les couleurs donne obligatoirement un mélange sombre et indéfinissable, que le plus simple est de colorer… en noir.

Pour avoir travaillé sur le sujet, je peux vous dire que des alternatives sont envisageables : bleu marine, vert sapin, gris tourterelle (celui-ci avait ma préférence)… Un peu d’imagination et un designer couleurs et matières sont alors bien utiles. Quant à proposer des teintes claires, cela veut dire trier les plastiques recyclés par couleur en amont de la mise en oeuvre et l’économique prend alors le pas sur la technique, du fait des coûts de main d’oeuvre actuellement nécessaires.

 

Source et photo : FRANCE BLEU

Premier millésime du Prix Etudiant SFIP : déjà un grand cru !

PLEXIGLAS, NYLON, TEFLON… des noms commerciaux de polymères qui ont tellement changé nos modes de vie qu’ils en sont passés dans le langage courant ! Mais tous ont désormais plus de 50 ans. Même le polycarbonate a marché sur la lune, avec Neil Armstrong. Alors, quoi de neuf aujourd’hui dans le domaine des plastiques ?

A cette question, Adrien DEMONGEOT (recevant, à droite sur la photo, son prix des mains de Gérard Liraut, Président de la SFIP), Ingénieur de l’ESPCI (Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de Paris) et Docteur de l’Université Pierre et Marie Curie répond : les vitrimères !

Voici donc une nouvelle classe de polymères dont nous avons entendu parler pour la première fois en 2011, lorsque Ludwik Leibler, Directeur du laboratoire Matière molle et Chimie à l’ESCPI Paris Tech a mis au point ce concept avec son équipe. Les vitrimères sont aussi résistants et insolubles que les thermodurcissables mais ils sont façonnables à chaud comme les thermoplastiques.  Cependant, contrairement aux thermoplastiques qui présentent une forte chute de viscosité à la fusion ou à la transition vitreuse, la diminution de viscosité des vitrimères se fait en douceur avec la température, comme dans le verre, d’où leur nom rappelant la nature polymère du matériau et la racine latine du mot verre, vitrum.

Devant un concept aussi innovant, le plasturgiste a les yeux qui brillent car il comprend qu’un jour, il n’aura plus à choisir entre la résistance des thermodurs d’une part et la recyclabilité et la réparabilité des thermoplastiques d’autre part. Mais il se demande combien de temps encore il devra patienter pour disposer de ces petites merveilles…

C’est là que se positionne le travail de thèse d’Adrien DEMONGEOT, qui a précisément consisté à transformer un polyester commercial en vitrimère, en utilisant un outil de mise en œuvre classique des thermoplastiques industriels et des additifs tous commerciaux. Plus précisément, il a modifié un PBT par des résines époxy en présence d’un catalyseur de transestérification, directement en extrudeuse, ouvrant ainsi de nouveaux domaines applicatifs au PBT, notamment dans la connectique.

Pour sa toute première édition, le Prix Etudiant SFIP a donc été attribué à l’unanimité à Adrien DEMONGEOT. Les membres du jury ont été séduits par une double ambition de recherche d’une rupture technologique alliée à une vision applicative et industrielle, le tout présenté avec rigueur, clarté et une belle maîtrise.

Bravo à Adrien DEMONGEOT et… longue vie au Prix Etudiant SFIP !

 

Cet article est également publié sur LINKEDIN : Première édition du Prix Etudiant SFIP

Wabi-sabi

Le wabi-sabi relie wabi : solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie… et sabi : l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes, la patine des objets, le goût pour les choses vieillies, pour la salissure, etc. Le wabi fait référence à la plénitude et la modestie que l’on peut éprouver face aux phénomènes naturels et le sabi à la sensation face aux choses dans lesquelles on peut déceler le travail du temps ou des hommes (selon Wikipédia).

Cette éthique japonaise prône le retour à une simplicité, une sobriété paisible pouvant influencer positivement l’existence, où l’on peut reconnaître et ressentir la beauté des choses imparfaites, éphémères et modestes. Apparue au 12ème siècle, c’est une notion popularisée en Occident ces dernières années par le Belge Axel Vervoordt.

Si vous aimez les bonsaï, la Joconde ou encore le Vieil homme et la mer, alors vous êtes probablement sensible au wabi-sabi.

Vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’il s’illustre même dans la décoration des plastiques, comme je l’ai découvert la semaine dernière lors du Congrès Tendances Décors et Matières organisé par la SIA (Société des Ingénieurs de l’Automobile) et la SFIP (Société Française des Ingénieurs des Plastiques). La société PLASTIVALOIRE y a en effet présenté de nouveaux décors inspirés par le wabi-sabi et obtenus par application d’un laser sur des pièces plastiques. Le laser est ici utilisé de différentes façons : pour enlever tout ou partie d’une couche superficielle, graver la surface, provoquer une oxydation ou un « cloquage » localisé… Céramique craquelée, écorce d’arbre, oxydation, tweed : les différents effets présentés sont bluffants et cette photo n’en rend compte que très imparfaitement.

Marilyn n’est pas seule à aimer les diamants

Marilyn n’est pas seule à aimer les diamants. J’en conviens : j’ai un faible pour ceux de la grille de radiateur des voitures Mercedes.

Déformation professionnelle sans doute… Je ne me lasse pas de contempler cette grille « diamant » quand j’en ai l’occasion. Créée en 2012, elle est moulée par injection en ASA ou acrylonitrile styrène acrylate (1). C’est un réseau très fin (pour optimiser le flux d’air) à deux-cent-quatre-vingt-huit « nœuds » de plastique. Une fois la pièce injectée, les nœuds doivent être décorés, en l’occurrence « chromés » car « l’effet chrome » reste un grand classique du décor des plastiques (2).

Première difficulté : s’il est facile à colorer, l’ASA est assez visqueux ce qui n’en fait pas un candidat évident pour la production de pièces aux parois fines.

La forme de la grille, en l’occurrence les angles du réseau, a constitué un deuxième challenge : il a fallu trouver un compromis entre la maximisation du flux d’air et l’aptitude de la pièce au démoulage. Vous n’êtes pas plasturgiste, mais vous avez bien un moule à cake ? Alors imaginez un moule dont les parois se resserreraient vers le haut au lieu de s’évaser : vous ne pourriez pas démouler le gâteau. En plasturgie, c’est pareil : tous les angles ne sont pas « démoulables ».

Après l’injection, vient l’étape de décoration : un peu comme si vous recouvriez votre gâteau d’un glaçage au chocolat. Ici le « glaçage » est un « marquage à chaud », réalisé par la société allemande KURZ. Il s’agit d’un procédé de transfert d’un décor d’un ruban sur une pièce plastique au moyen d’un tampon en silicone chauffé. Voici une très courte vidéo de KURZ sur le marquage à chaud vertical : Vertical hot stamping. Dans le cas de la grille, ce n’est pas toute la pièce qui est chromée mais seulement les nœuds, dont les formes sont variables pour créer une réfraction non uniforme imitant l’étincellement du diamant. Là réside une troisième difficulté, car le tampon en silicone qui vient appliquer le décor doit pouvoir s’adapter aux différentes courbures des différents nœuds !

Après avoir surmonté tant d’obstacles, cette grille « diamant » a remporté un prix de la SPE (Society of Plastics Engineers) Central Europe en 2013. Si vous voulez mon avis, elle ne l’a pas volé.

 

(1) L’ASA est un polymère thermoplastique de la famille des styréniques : c’est un copolymère styrène-acrylonitrile (donc un SAN) greffé avec un élastomère acrylique. On l’utilise pour la réalisation d’éléments de carrosserie mais aussi pour la fabrication des planches à voile.

(2) That’s chrome, isn’t it? in Plastics News Europe, September 2017.