Tu fais quoi pour Noël ?

A cette question, Anna Gavalda répond paraît-il « je prends deux kilos ». Joli programme. Mais cette année on va pouvoir changer pour « j’empoisonne mes enfants à moindre frais ».

Le marché des imprimantes 3D connaissant une concurrence féroce, j’ai en effet récemment entendu dans la bouche d’un professionnel « à Noël, on sera en-dessous des 300 € pour des achats coups de cœur pour les enfants ».

Alors qu’il fallait compter près de 2 000 € pour une imprimante 3D personnelle il y a 5 ans, il existe désormais des modèles disponibles dès 200 € : « une aubaine pour les fablabs, les entreprises mais aussi les particuliers qui souhaitent s’équiper d’une imprimante 3D pas chère et découvrir les joies de l’impression par dépôt de fil. »

C’est oublier un peu vite qu’il s’agit de chauffer pour les fondre des matières thermoplastiques qui ne sont pas nécessairement exemptes de danger, comme les scientifiques et les industriels le savent bien et comme je l’avais déjà mentionné dans un article précédent (Les gourous de l’impression 3D me fatiguent). Je rappelle donc simplement qu’imprimer des plastiques en 3D génère des particules ultrafines et des composés organiques volatils plus ou moins nocifs…

Nous ne sommes pas à une contradiction près et je ne serais pas étonnée, parmi les parents qui offriront cette année cet étrange « jouet » à leurs enfants, d’en trouver qui n’hésitent pas à faire le siège de l’école pour réclamer des menus bio à la cantine…

Des digitales… numériques !

Quand l’impression 3D inspire les designers, le résultat peut être extrêmement poétique. C’est le cas avec cette collection de luminaires présentés par Kiki van Eijk à la « Dutch Design Week » fin octobre. La designer néerlandaise s’est inspirée des digitales de son jardin et appuyée sur l’impression 3D pour réaliser ces délicates « clochettes ». Selon DEZEEN le matériau est un bioplastique : il s’agit donc probablement de PLA (acide polylactique, un polymère biodégradable), très couramment utilisé dans les imprimantes 3D du type « FDM » (impression 3D par dépôt de fil fondu).

L’une des caractéristiques du procédé est que les couches de fils successivement déposées sont bien visibles. Ce qui, aux yeux d’un plasturgiste habitué à rechercher des états lisses et brillants, est un abominable défaut devient à ceux de Kiki van Eijk une merveilleuse façon de symboliser l’imperfection de la plante en fin de floraison. Elle a donc choisi sur son imprimante 3D le plus faible niveau de résolution afin de donner plus « d’âme » à son projet.

Résumons-nous : quelques clochettes imprimées en plastique, une tige en métal délicatement courbée par le « poids des fleurs », un pied en béton teinté, quelques LED et un peu de fil électrique : mais pourquoi n’y avons-nous pas pensé nous-mêmes ?

Les gourous de l’impression 3D me fatiguent

 

Le changement climatique ? Oubliez l’accord de Paris et pensez impression 3D ! C’est en substance ce que dit cet article :

Who Needs The Paris Climate Accords When You Have 3D Printing?

J’en conviens, je n’ai pas lu l’accord de Paris : je ne me prononcerai donc pas sur son efficacité. Par contre, question impression 3D j’en sais à l’évidence plus que l’auteur et il me ferait bien rire si le sujet n’était pas si sérieux. L’apprenti sorcier qui a commis cet article ferait mieux de retourner à son balai, car voici ce qu’il raconte :

« Dans les cinq à dix ans, l’impression 3D occupera une part considérable dans l’industrie. »

« Considérable », ça fait combien au juste : 5%, 10%, 20% ? Le marché global de l’impression 3D devrait représenter 55,8 milliards de dollars en 2027 selon l’étude The future of 3D Printing by 2027 (les chiffres varient quelque peu selon les sources mais l’ordre de grandeur est bien celui-ci), ce qui représente… 0,5% de la production industrielle globale.

« L’impression 3D émet moins de fumées et de vapeurs toxiques [que les procédés conventionnels]. Les émissions sont en outre mieux contenues et éliminées grâce à des filtres. »

Heureusement, l’industrie n’a pas attendu l’auteur pour se préoccuper des émissions nocives et découvrir les filtres ! Il n’y a d’ailleurs pas de raison que l’impression 3D soit en elle-même moins « émissive » que les procédés conventionnels. Au contraire, il est établi qu’imprimer des plastiques en 3D génère des particules ultrafines et des composés organiques volatils plus ou moins nocifs (Emissions of Ultrafine Particles and Volatile Organic Compounds from Commercially Available Desktop Three-Dimensional Printers with Multiple Filaments). Quant à la fabrication additive métallique, elle implique la manipulation de poudres fines, qui présentent des risques tant sur le plan de la santé (au niveau respiratoire par exemple) que sur celui de la sécurité (explosion). Les exigences liées à la manipulation des poudres ne se limitent bien sûr pas au métal. Regardez cette vidéo et l’équipement de l’opérateur et dites-moi si vous installeriez cela chez vous :

3D printed plastic hand

Au passage, ceci montre à quel point il faut avoir un sens excessif du raccourci pour asséner sans nuance que l’impression 3D est « l’exemple phare de la fabrication additive, qui assemble les matériaux de façon précise en n’utilisant que ce qui est nécessaire au produit final. » Car il ne faut pas croire que la poudre en excès que vous voyez sur ces images soit réutilisable indéfiniment…

Selon l’auteur, l’impression 3D serait définitivement « moins polluante ». Je connais pourtant des exemples de pièces qui nécessitent 75% de leurs poids en produits chimiques pour être « nettoyées » après leur fabrication par impression. Est-ce que vous utiliseriez -presque- 4 kg de lessive pour laver 5 kg de linge ?

Pour conclure, l’auteur cite Julian Simon, qui paria dans les années 70 que les ressources naturelles deviendraient plus et non moins abondantes avec le temps et « gagna son pari haut la main dix ans plus tard ». Voilà qui piétine allègrement les lois de la thermodynamique et amène l’auteur à regretter que « les écologistes continuent d’ignorer la capacité des entreprises à résoudre les problèmes qu’elles créent ». Un aveu « d’auto-toxicité » qui prête à sourire, non ?

L’impression 3D ne remplace pas les technologies existantes, pas plus qu’elle n’a vocation à résoudre la question du changement climatique. Par contre, elle ouvre des perspectives considérables quant à la complexité des formes, la liberté de conception des pièces, la réduction des assemblages et la personnalisation. Un exemple parmi des milliers d’autres : elle est actuellement étudiée comme un moyen de réalisation de capteurs et générateurs électriques en polymères piézoélectriques : Les objets connectés passent à la génération piézoélectrique.

Oui, l’impression 3D est une nouvelle et fabuleuse lame sur le couteau suisse, mais raconter n’importe quoi à son sujet ne lui rend pas service.

 

Voir la version anglaise de cet article sur LINKEDIN : 3D printing

La 3D c’est désuet !

La 3D c’est déjà désuet ! Pour preuve, le CNRS organise un workshop à Paris le 15 septembre sur l’impression 4D :

L’impression 4D, c’est la fabrication additive (l’impression 3D, donc) d’objets dont la forme et/ou la fonctionnalité peuvent changer en fonction du temps ou d’une sollicitation externe (la lumière par exemple).

Il s’ensuit qu’elle permet d’imaginer l’auto-assemblage de matériaux ou d’objets, cet auto-assemblage étant rendu possible par le fait même que la matière qui les compose est « programmable ».

Bien sûr les perspectives (plus besoin d’usines, une robotisation qui se fait toute seule…) n’ont d’égal que les verrous qu’elle doit encore lever !

Pour en savoir plus, il suffit de s’inscrire ici.