Nos excuses au pangolin

Kadoorie Farm and Botanic Garden (KFBG)/AFP/Archives – Handout

J’ai découvert l’existence du pangolin en 1986, comme beaucoup d’inconditionnels de Pierre Desproges. Des années plus tard, dans la pénombre de la saisissante galerie des espèces menacées et disparues du Muséum d’Histoire Naturelle, j’ai pu constater qu’il ressemblait bien à « un artichaut à l’envers ». J’ai souri devant sa drôle d’allure en me remémorant la tendre chronique de l’humoriste et conclu de sa présence en ces lieux que nous n’en avions plus beaucoup…

Ces dernières semaines, il est devenu une star malgré lui. Dans une conférence de presse du 07 février, des chercheurs chinois ont avancé qu’il pouvait être à l’origine de l’épidémie de COVID-19. En effet, bien qu’en Chine comme partout ailleurs dans le monde son commerce soit interdit, il y est pourtant chassé pour sa viande et ses écailles, utilisées en médecine traditionnelle chinoise.

Les chercheurs avaient trouvé une correspondance de 99% entre le génome du virus d’un pangolin et celui du virus humain. Mais ces résultats ne prenaient en fait en compte qu’une fraction du génome. Une comparaison du génome complet des deux virus (celui du pangolin et le virus humain) montre qu’ils ne partagent que 90,3% de leur ADN. D’autres études confirment cet ordre de grandeur.

La proximité génétique entre les deux virus est donc insuffisante pour mettre en cause le pangolin, selon Arinjay Banerjee, de l’Université McMaster au Canada. C’est parce que le virus du SRAS partageait 99,8% de son génome avec le coronavirus de la civette que celle-ci a été considérée comme étant à l’origine de l’épidémie, rappelle-t-il.

Alors qui ? Pour l’instant la meilleure concordance (96%) avec le coronavirus humain a été trouvée dans le virus d’une chauve-souris de la province du Yunnan. Les chauve-souris pourraient donc avoir transmis le virus aux humains, mais comme il demeure des différences clés, les scientifiques suspectent un hôte intermédiaire qui n’est toujours pas identifié.

Quoi qu’il en soit, plus que jamais les pangolins sont en grand danger car la population pourrait chercher à les exterminer étant donné le soupçon qui pèse sur eux. C’est ce qui s’est effectivement produit pour les civettes après l’épidémie de SRAS. Pourtant rappelle l’Italienne Sara Platto, chercheuse à l’Université JiangHan à Wuhan, le problème ne vient pas des animaux, mais bien de nos interactions avec eux…

Betterave n°1

Agronome de formation, Céline Corpel a repris en 2004 la ferme familiale à Amifontaine dans l’Aisne. Accompagnée par PUR Projet et un grand nom français de la cosmétique et des parfums, elle associe un projet d’agroforesterie à la culture de la betterave sucrière.

L’agroforesterie consiste à intégrer des arbres et des arbustes dans les systèmes agricoles de culture ou d’élevage pour améliorer la qualité de la production et la pérenniser. Les arbres restituent notamment de la matière organique via les feuilles qui tombent au sol et la décomposition des racines : 40 % de la biomasse d’un arbre retourne au sol chaque année. La création d’un micro-climat sur la parcelle protège également les cultures et les animaux des stress thermiques et hydriques. L’arbre pourrait permettre d’amortir les accidents climatiques, en partie responsables de la stagnation des rendements des céréales en Europe. Les racines améliorent l’infiltration du ruissellement, limitent l’évaporation du sol…

Cette démarche appliquée à la culture de la betterave sucrière a donc entre autres pour ambition une production d’alcool plus respectueuse de l’environnement.

En décembre 2016, plus de deux mille arbres ont ainsi été plantés : alisiers, aulnes, cerisiers, charmes, cormiers, cornouillers, érables, fusains, noisetiers, noyers, merisiers, poiriers, pruneliers, sureaux, tilleuls, troènes… L’ensemble de la plantation représente environ 7% de la surface de la parcelle, désormais hors culture. Mais le groupe cosmétique qui accompagne Céline Corpel est prêt à acheter plus cher un alcool produit de façon responsable.

On raconte souvent que, quand on lui demandait ce qu’elle portait pour dormir, Marilyn Monroe répondait « Chanel n°5 ». Vous pourriez bientôt répondre à cette même question « Betterave bio n°1 ».

Les coraux malades des plastiques

Vous vous rappelez des Animaux malades de la peste ? Jean de la Fontaine ne pouvait certainement pas imaginer qu’au 21ème siècle, les coraux seraient malades des plastiques ou plus exactement des usages que nous en faisons.

Entre 2011 et 2014,  Joleah Lamb de l’Université Cornell à New York et ses collègues ont étudié cent cinquante-neuf récifs dans la zone Asie Pacifique. Elle a ainsi fait une découverte étonnante : le risque de maladie passe de 4% pour un récif corallien exempt de déchets plastiques à 89% pour un récif contaminé par ces mêmes déchets.

Sacs, filets de pêche, couches, sachets de thé… ce ne seraient pas moins de 11,1 milliards d’objets en plastiques qui pollueraient cette région et serviraient de chevaux de Troie aux microbes et bactéries qui s’attaquent aux coraux.

C’est en Indonésie qu’on en trouve le plus et en Australie, laquelle a les normes environnementales les plus strictes, qu’on en trouve le moins.

Les auteurs rappellent que les coraux sont vitaux pour la pêche et la protection des côtes, d’où l’urgence de les protéger contre cette invasion.

Pour aller plus loin : Plastic waste associated with disease on coral reefs

Renversant !

Vincent Nijman (1), Professeur d’Anthropologie  à Oxford Brookes University, pense qu’il y a un lien entre la saga Harry Potter et l’augmentation du commerce illégal de hiboux en Indonésie. Le nombre de ces animaux vendus sur les îles de Java et de Bali serait en effet passé de quelques centaines par an avant 2001 à 13 000 en 2016. Le premier tome de la saga a été traduit en indonésien en 2000 et le premier film y est sorti en 2001. Bien que le lien direct ne soit pas prouvé, la présomption est forte selon le chercheur pour qui « Harry Potter a banalisé le hibou comme animal de compagnie ».

Harry Potter se voit en effet offrir une chouette blanche pour son onzième anniversaire, qu’il baptise Hedwig (en français Hedwige). Notez qu’Hedwige est une chouette et que je vous parle de hibou, l’article de Nature auquel je me réfère utilisant le vocable « owl », qui se traduit également par chouette et hibou en français. Comment savoir alors auquel de ces deux rapaces j’ai affaire ? Je me suis fiée d’une part à la photo qui accompagne l’article, laquelle est bien celle d’un hibou (reconnaissable à ses aigrettes sur la tête, tandis que j’ai fait pour ma part le choix de vous montrer une chouette) et d’autre part au texte, qui précise le genre Otus lequel renvoie bien lui aussi au hibou, plus exactement au Petit-duc. Comme quoi le latin reste fort utile !

Mais revenons à nos moutons (si j’ose dire) : en malais, hibou se dit traditionnellement « burung hantu ». Désormais, dans le langage populaire il est devenu « burung Harry Potter ». Un hibou coûte entre 6 et 30 dollars américains en Indonésie, ce qui le rend accessible à la plupart des Indonésiens qui ont un salaire. Les animaux ainsi vendus ont été capturés dans leur milieu naturel, ce qui pose le problème de la conservation de l’espèce. La loi indonésienne interdit la capture d’animaux sauvages pour lesquels il n’existe pas de quota de chasse, ce qui est bien le cas pour les hiboux. Mais les autorités n’ont pas pris de mesure dans ce cas et, sollicité par Nature, le gouvernement n’a pas fait de commentaire.

Si ce n’est pas renversant, a minima ce n’est pas chouette…

 

(1) : The Harry Potter effect: The rise in trade of owls as pets in Java and Bali, Indonesia