Eco-plasturgie : osez les matériaux biosourcés ou recyclés

Parce que le remplacement des matériaux issus du pétrole demeure un énorme challenge, la SFIP, l’ISPA et l’IMT Lille Douai organisent en octobre un congrès intitulé « Eco-plasturgie : osez les matériaux biosourcés ou recyclés ».

L’objectif de ce congrès est de mieux comprendre d’où proviennent les biosourcés et recyclés, quelles sont leurs propriétés et leurs limites, ainsi que leurs applications.

Consultez l’appel à communications et envoyez-nous vos projets de contributions d’ici au 05 avril !

Recyclage : même les stations-service sont concernées !

Il y a cent ans, le développement de l’industrie automobile a révolutionné la vie quotidienne des pays développés. Le monde a subitement rétréci, il est devenu incroyablement facile d’aller plus loin plus vite et les stations-service ont poussé comme des champignons. « Mobilité » rimait avec « proximité » des sources de carburant.

Mais les chocs pétroliers sont passés par là. Si le pétrole n’est pas épuisé, le pétrole bon marché lui est en passe de l’être. Sans compter que sa combustion génère du dioxyde de carbone dont la concentration atmosphérique augmente, impactant le climat : qui peut encore le nier sans être malhonnête ou stupide (voire les deux) ?

Le cabinet d’architecture GENSLER et l’équipementier sportif REEBOK ont imaginé ensemble la reconversion des stations-service américaines. Dans leur projet commun, les « petrol stations » qu’ils considèrent condamnées à terme, sont recyclées en « fitness centers » : au final, il est bien toujours question de « fourniture d’énergie » !

Chez GENSLER, on reconnaît que le projet est encore très conceptuel mais on se déclare optimiste quant à sa capacité à devenir réalité. A suivre…

 

Pour aller plus loin :

Gensler and Reebok reimagine US gas stations as gyms

The Gym Of The Future is Closer Than You Think

Un béton bio-inspiré (un sujet qui ne manque pas de piquant)

Avant d’être un blog, Métamorphoses était une publication « papier ». Début 2012, j’y relatais qu’une équipe internationale de scientifiques avait proposé une interprétation de la structure des épines d’oursin ouvrant selon eux des perspectives pour la fabrication de bétons plus performants.

Les épines d’oursin sont en effet essentiellement constituées de carbonate de calcium. Si je vous dis « craie » vous voyez mieux de quoi il s’agit… En principe, ce matériau est très fragile. Marcher sur un oursin ne devrait donc pas être un problème : les épines devraient casser sous le pied de l’imprudent. Mais chacun sait, par expérience ou par instinct, que ce n’est pas le cas et qu’il vaut mieux faire un détour. Pourquoi les épines d’oursin ne sont-elles pas friables comme de la craie ?

L’équipe en question indiquait qu’à l’échelle nanométrique, ces épines sont en fait organisées comme un mur de « briques » reliées entre elles par un « mortier ». Briques et mortier sont également constitués de carbonate de calcium, mais organisé de deux façons différentes. Les briques sont de la calcite, une forme cristalline et cassante de ce minéral, tandis que le mortier est une forme amorphe présentant une certaine élasticité. Lorsqu’une force est appliquée sur la calcite, le bloc cristallin se fend. Mais l’énergie est transférée au mortier qui la dissipe, empêchant la casse.

Six ans plus tard, un « ciment inspiré de la structure cristalline de la calcite qui compose les épines d’oursins a été synthétisé par une équipe de scientifiques allemands« . L’article publié dans Materials Science rappelle que le béton, s’il présente une grande résistance à la compression, a l’inconvénient de manquer d’élasticité et de n’offrir qu’une faible résistance à la torsion. C’est pourquoi il est souvent renforcé avec des barres d’acier.

Pour améliorer ses propriétés, les scientifiques se sont inspiré des oursins. En organisant de façon très fine des zones minérales rigides et des zones polymères élastiques dans un ciment, ils ont obtenu un béton dont la résistance à la flexion serait quarante à cent fois supérieure à celle de bétons traditionnels.

Prix de l’inventeur européen 2017

La nouvelle arme fatale aux déversements de pétrole et de produits chimiques est… une éponge !

Il s’agit d’une cire synthétique mise au point par Günter Hufschmid et son équipe de la société allemande Deurex. Cette cire peut adsorber jusqu’à sept fois son poids en liquides hydrophobes sans retenir d’eau, ce qui en fait l’outil idéal pour nettoyer les déversements et fuites, quel que soit l’endroit où ils se produisent : dans votre garage ou autour d’une plateforme de forage pétrolier en mer.

Décerné par l’Office Européen des Brevets, le Prix de l’Inventeur Européen 2017 (catégorie Petites et Moyennes Entreprises) a été attribué à Günter Hufschmid pour cette cire qu’il a appelée « Pure ». Par rapport aux agglomérants existants, Pure agirait plus rapidement, adsorberait plus de contaminants en laissant derrière elle moins de résidus et surtout serait ré-utilisable après essorage.

Alors qu’il essayait de mettre au point un nouveau type de cire micronisée, un employé de la société Deurex a laissé une machine tourner une nuit entière avec des paramètres de température et de pression incorrects. Le lendemain matin, le sol était recouvert d’une substance duveteuse et fibreuse que les employés ont rapidement surnommé « coton magique ». La société Deurex a donc trouvé avec Pure autre chose que ce qu’elle cherchait… C’est un cas typique de sérendipité, néologisme calqué sur l’anglais « serendipity ». Le terme serendipity a été inventé en 1754 par Horace Walpole, qui désigne ainsi des « découvertes inattendues, faites par accidents et sagacité » et par « sagacité accidentelle ». La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb est un bel exemple de sérendipité, tout comme l’invention du Post-It.

En 2010, année d’invention de Pure, la catastrophe de Deepwater Horizon a causé l’écoulement de près de 770 millions de litres de pétrole dans les eaux environnantes du Golfe du Mexique, ce qui n’en faisait « que » la quatrième plus importante marée noire de l’histoire. La gestion des déversements d’hydrocarbures représentait alors un marché d’environ 13 milliards d’euros  à l’échelle mondiale et devrait nettement augmenter pour atteindre 118 milliards d’euros d’ici 2020. En effet, si le nombre de déversements est en baisse, les transports de pétrole (par voie maritime ou pipeline terrestre) augmentent et les gouvernements font davantage appel aux technologies de gestion des déversements.

Des négociations sont en cours entre Deurex et des acteurs de l’industrie pétrolière. La société espère que son nouveau produit lui permettra de s’imposer sur ce marché. Pendant ce temps-là, que fait donc Bob l’Eponge ?

Recycled is the new black

« La chaise Ioda est emboîtable et possède une assise large. Extrêmement confortable et résistante, elle équipe collectivités et particuliers » : c’est ainsi que l’entreprise SOGEMAP située en Charente Maritime présente l’un de ses best-sellers. Cette année, SOGEMAP la propose en plastique recyclé, « parce que les déchets plastiques n’ont rien à faire sur les plages ».

Seule contrainte à ce stade : pour ses 20 ans, Ioda se voit offrir une petite robe noire car recycler ensemble des plastiques de toutes les couleurs donne obligatoirement un mélange sombre et indéfinissable, que le plus simple est de colorer… en noir.

Pour avoir travaillé sur le sujet, je peux vous dire que des alternatives sont envisageables : bleu marine, vert sapin, gris tourterelle (celui-ci avait ma préférence)… Un peu d’imagination et un designer couleurs et matières sont alors bien utiles. Quant à proposer des teintes claires, cela veut dire trier les plastiques recyclés par couleur en amont de la mise en oeuvre et l’économique prend alors le pas sur la technique, du fait des coûts de main d’oeuvre actuellement nécessaires.

 

Source et photo : FRANCE BLEU

Renversant !

Vincent Nijman (1), Professeur d’Anthropologie  à Oxford Brookes University, pense qu’il y a un lien entre la saga Harry Potter et l’augmentation du commerce illégal de hiboux en Indonésie. Le nombre de ces animaux vendus sur les îles de Java et de Bali serait en effet passé de quelques centaines par an avant 2001 à 13 000 en 2016. Le premier tome de la saga a été traduit en indonésien en 2000 et le premier film y est sorti en 2001. Bien que le lien direct ne soit pas prouvé, la présomption est forte selon le chercheur pour qui « Harry Potter a banalisé le hibou comme animal de compagnie ».

Harry Potter se voit en effet offrir une chouette blanche pour son onzième anniversaire, qu’il baptise Hedwig (en français Hedwige). Notez qu’Hedwige est une chouette et que je vous parle de hibou, l’article de Nature auquel je me réfère utilisant le vocable « owl », qui se traduit également par chouette et hibou en français. Comment savoir alors auquel de ces deux rapaces j’ai affaire ? Je me suis fiée d’une part à la photo qui accompagne l’article, laquelle est bien celle d’un hibou (reconnaissable à ses aigrettes sur la tête, tandis que j’ai fait pour ma part le choix de vous montrer une chouette) et d’autre part au texte, qui précise le genre Otus lequel renvoie bien lui aussi au hibou, plus exactement au Petit-duc. Comme quoi le latin reste fort utile !

Mais revenons à nos moutons (si j’ose dire) : en malais, hibou se dit traditionnellement « burung hantu ». Désormais, dans le langage populaire il est devenu « burung Harry Potter ». Un hibou coûte entre 6 et 30 dollars américains en Indonésie, ce qui le rend accessible à la plupart des Indonésiens qui ont un salaire. Les animaux ainsi vendus ont été capturés dans leur milieu naturel, ce qui pose le problème de la conservation de l’espèce. La loi indonésienne interdit la capture d’animaux sauvages pour lesquels il n’existe pas de quota de chasse, ce qui est bien le cas pour les hiboux. Mais les autorités n’ont pas pris de mesure dans ce cas et, sollicité par Nature, le gouvernement n’a pas fait de commentaire.

Si ce n’est pas renversant, a minima ce n’est pas chouette…

 

(1) : The Harry Potter effect: The rise in trade of owls as pets in Java and Bali, Indonesia

Bonne année… avec un « latte »

Comment commencer l’année ? Avec un café « latte » !

C’est peut-être ce qu’a pensé Howard Stone en observant les couches horizontales bien distinctes obtenues par son « barista » habituel. Avec ses collègues de l’Université de Princeton dans le New Jersey, il a effectué des simulations sur ordinateur ainsi que quelques expériences à l’aide d’eau teintée injectée dans une eau salée plus dense pour comprendre la formation des fameuses couches.

Il en résulte que si un espresso est injecté suffisamment rapidement dans un verre de lait chaud, le mélange café-lait à proximité de la paroi du verre se refroidit, se densifie et coule jusqu’à atteindre une couche de même densité. Arrivé à ce stade, il cesse de couler pour commencer à circuler horizontalement, formant des « cellules de convection » qui peuvent conserver leur structure des dizaines de minutes voire jusqu’à plusieurs heures, donc probablement bien plus longtemps que vous n’en mettrez à boire votre « latte ».

Créer de jolies couches dans un café latte est donc une question de procédé, plus que de matières premières.

Selon les auteurs, ce principe pourrait en outre être utilisé pour créer des gels en couches pour les cultures cellulaires et connaître des applications en ingénierie tissulaire.

Très bonne année à tous !

 

Pour en savoir plus : Laboratory layered latte

Comment je m’habille aujourd’hui ?

Nous devons « Comment je m’habille aujourd’hui ? Le style de la Parisienne », paru en 2016, à Inès de la Fressange et Sophie Gachet. Voilà un guide sans doute fort utile – a minima pour les Parisiennes- mais un peu court quand il s’agit d’aller, non pas au bureau ou en soirée mais bien sur Mars.

En soumettant des souris à un rayonnement comparable à celui auquel s’exposent les astronautes dans l’espace, Charles Limoli, chercheur à l’Université de Californie à Irvine et ses collègues ont observé des troubles cognitifs importants et durables, qui se retrouveraient probablement chez les humains et compromettraient potentiellement le succès des missions spatiales. Si les astronautes de la Station spatiale internationale, en orbite relativement basse (à environ 400 km d’altitude) sont protégés par le champ magnétique terrestre, le voyage vers Mars et au-delà est une autre paire… de manches comme diraient les modeuses.

En clair, le style de la Martienne, c’est la combinaison intégrale en plomb. Avouez que ce n’est pas très élégant et surtout, c’est bien trop lourd pour être transporté en orbite. Un sacré challenge en perspective pour les spécialistes des matériaux !

 

Pour en savoir plus : Pour la science n°482, décembre 2017

AquaWeb remporte le prix « Ray of Hope » 2017

L’AquaWeb de Jacob Russo, Anamarija Frankic et C. Mike Lindsey remporte l’édition 2017 du prix « Ray of Hope ». Ce prix est destiné à accompagner les entrepreneurs « biomiméticiens » en herbe dans le développement de projets durables inspirés par la nature. Rappelons que, tandis que certains font de l’espionnage industriel, les biomiméticiens font -en quelque sorte- de « l’espionnage naturel ».

« En 2050, 70% de la population mondiale vivra dans les villes ». Partant de ce constat, l’idée consiste à collecter l’eau naturellement présente dans l’air pour favoriser l’agriculture urbaine, le tout bien sûr en s’inspirant de la nature. Outre la « core team » sus-nommée, il convient donc de rendre hommage aux araignées -dont nous avons tous admiré les toiles parsemées de rosée- pour la collecte, à la ficoïde glaciale pour le stockage et au bolet des bouviers pour la distribution.

Personnellement je ne sais pas où je passerai mes prochaines vacances donc être aussi affirmatif sur « qui vivra où » en 2050 me laisse perplexe. Cela étant, même si prédire un grand avenir à l’AquaWeb est risqué, la démarche de bio-inspiration, outre qu’elle n’est pas nouvelle, ne fait -à mon avis- pas question.

 

Pour en savoir plus : A water management system for the future

Si cette démarche vous inspire, sachez que le Biomimicry Global Design Challenge 2017-2018 est ouvert avec pour thème le changement climatique : Biomimicry Global Design Challenge

Tu fais quoi pour Noël ?

A cette question, Anna Gavalda répond paraît-il « je prends deux kilos ». Joli programme. Mais cette année on va pouvoir changer pour « j’empoisonne mes enfants à moindre frais ».

Le marché des imprimantes 3D connaissant une concurrence féroce, j’ai en effet récemment entendu dans la bouche d’un professionnel « à Noël, on sera en-dessous des 300 € pour des achats coups de cœur pour les enfants ».

Alors qu’il fallait compter près de 2 000 € pour une imprimante 3D personnelle il y a 5 ans, il existe désormais des modèles disponibles dès 200 € : « une aubaine pour les fablabs, les entreprises mais aussi les particuliers qui souhaitent s’équiper d’une imprimante 3D pas chère et découvrir les joies de l’impression par dépôt de fil. »

C’est oublier un peu vite qu’il s’agit de chauffer pour les fondre des matières thermoplastiques qui ne sont pas nécessairement exemptes de danger, comme les scientifiques et les industriels le savent bien et comme je l’avais déjà mentionné dans un article précédent (Les gourous de l’impression 3D me fatiguent). Je rappelle donc simplement qu’imprimer des plastiques en 3D génère des particules ultrafines et des composés organiques volatils plus ou moins nocifs…

Nous ne sommes pas à une contradiction près et je ne serais pas étonnée, parmi les parents qui offriront cette année cet étrange « jouet » à leurs enfants, d’en trouver qui n’hésitent pas à faire le siège de l’école pour réclamer des menus bio à la cantine…