Renversant !

Vincent Nijman (1), Professeur d’Anthropologie  à Oxford Brookes University, pense qu’il y a un lien entre la saga Harry Potter et l’augmentation du commerce illégal de hiboux en Indonésie. Le nombre de ces animaux vendus sur les îles de Java et de Bali serait en effet passé de quelques centaines par an avant 2001 à 13 000 en 2016. Le premier tome de la saga a été traduit en indonésien en 2000 et le premier film y est sorti en 2001. Bien que le lien direct ne soit pas prouvé, la présomption est forte selon le chercheur pour qui « Harry Potter a banalisé le hibou comme animal de compagnie ».

Harry Potter se voit en effet offrir une chouette blanche pour son onzième anniversaire, qu’il baptise Hedwig (en français Hedwige). Notez qu’Hedwige est une chouette et que je vous parle de hibou, l’article de Nature auquel je me réfère utilisant le vocable « owl », qui se traduit également par chouette et hibou en français. Comment savoir alors auquel de ces deux rapaces j’ai affaire ? Je me suis fiée d’une part à la photo qui accompagne l’article, laquelle est bien celle d’un hibou (reconnaissable à ses aigrettes sur la tête, tandis que j’ai fait pour ma part le choix de vous montrer une chouette) et d’autre part au texte, qui précise le genre Otus lequel renvoie bien lui aussi au hibou, plus exactement au Petit-duc. Comme quoi le latin reste fort utile !

Mais revenons à nos moutons (si j’ose dire) : en malais, hibou se dit traditionnellement « burung hantu ». Désormais, dans le langage populaire il est devenu « burung Harry Potter ». Un hibou coûte entre 6 et 30 dollars américains en Indonésie, ce qui le rend accessible à la plupart des Indonésiens qui ont un salaire. Les animaux ainsi vendus ont été capturés dans leur milieu naturel, ce qui pose le problème de la conservation de l’espèce. La loi indonésienne interdit la capture d’animaux sauvages pour lesquels il n’existe pas de quota de chasse, ce qui est bien le cas pour les hiboux. Mais les autorités n’ont pas pris de mesure dans ce cas et, sollicité par Nature, le gouvernement n’a pas fait de commentaire.

Si ce n’est pas renversant, a minima ce n’est pas chouette…

 

(1) : The Harry Potter effect: The rise in trade of owls as pets in Java and Bali, Indonesia

Bonne année… avec un « latte »

Comment commencer l’année ? Avec un café « latte » !

C’est peut-être ce qu’a pensé Howard Stone en observant les couches horizontales bien distinctes obtenues par son « barista » habituel. Avec ses collègues de l’Université de Princeton dans le New Jersey, il a effectué des simulations sur ordinateur ainsi que quelques expériences à l’aide d’eau teintée injectée dans une eau salée plus dense pour comprendre la formation des fameuses couches.

Il en résulte que si un espresso est injecté suffisamment rapidement dans un verre de lait chaud, le mélange café-lait à proximité de la paroi du verre se refroidit, se densifie et coule jusqu’à atteindre une couche de même densité. Arrivé à ce stade, il cesse de couler pour commencer à circuler horizontalement, formant des « cellules de convection » qui peuvent conserver leur structure des dizaines de minutes voire jusqu’à plusieurs heures, donc probablement bien plus longtemps que vous n’en mettrez à boire votre « latte ».

Créer de jolies couches dans un café latte est donc une question de procédé, plus que de matières premières.

Selon les auteurs, ce principe pourrait en outre être utilisé pour créer des gels en couches pour les cultures cellulaires et connaître des applications en ingénierie tissulaire.

Très bonne année à tous !

 

Pour en savoir plus : Laboratory layered latte

Comment je m’habille aujourd’hui ?

Nous devons « Comment je m’habille aujourd’hui ? Le style de la Parisienne », paru en 2016, à Inès de la Fressange et Sophie Gachet. Voilà un guide sans doute fort utile – a minima pour les Parisiennes- mais un peu court quand il s’agit d’aller, non pas au bureau ou en soirée mais bien sur Mars.

En soumettant des souris à un rayonnement comparable à celui auquel s’exposent les astronautes dans l’espace, Charles Limoli, chercheur à l’Université de Californie à Irvine et ses collègues ont observé des troubles cognitifs importants et durables, qui se retrouveraient probablement chez les humains et compromettraient potentiellement le succès des missions spatiales. Si les astronautes de la Station spatiale internationale, en orbite relativement basse (à environ 400 km d’altitude) sont protégés par le champ magnétique terrestre, le voyage vers Mars et au-delà est une autre paire… de manches comme diraient les modeuses.

En clair, le style de la Martienne, c’est la combinaison intégrale en plomb. Avouez que ce n’est pas très élégant et surtout, c’est bien trop lourd pour être transporté en orbite. Un sacré challenge en perspective pour les spécialistes des matériaux !

 

Pour en savoir plus : Pour la science n°482, décembre 2017

Après mystère et boule de gomme…

Après « mystère et boule de gomme », voici « polymère et boule de poils » :

La polymérisation en chaîne permet de synthétiser de longues molécules par addition d’éléments dits « monomères », ces monomères s’ajoutant progressivement au bout de la chaîne moléculaire, comme des perles qu’on enfilerait les unes après les autres pour en faire un collier.

Des chercheurs de l’Université Cornell aux Etats-Unis ont étudié la croissance individuelle de polymères et, surprise, ont mis en évidence que le collier ne se fabriquait pas en enfilant les perles une à une mais par « bonds » successifs correspondant à l’ajout de plusieurs perles en même temps. Leurs observations montrent que ce comportement est lié au fait que les monomères (les « perles ») s’emmêlent entre eux et sont maintenus par des interactions faibles, formant selon ces scientifiques une « boule de poils » qui se déroule soudainement.

A quoi cela nous avance-t-il de le savoir, direz-vous ? A rien je suppose, mais l’idée de la « boule de poils » me plaisait suffisamment pour que je vous en parle !

 

Pour en savoir plus : Polymers grow by adding « hairballs »

Serions-nous plus malins que les humains ?

C’est la question que semble se poser ce macaque crabier ou macaque à longue queue (Macaca fascicularis).

Ses congénères, qui habitent le parc national de Sam Roi Yot en Thaïlande, ont l’habitude d’utiliser des outils pour pêcher les huîtres et coquillages qui composent leur alimentation. Des chercheurs de l’Université d’Oxford (1) ont mis en évidence que la taille et l’abondance des proies avaient tendance à diminuer sur deux îles du parc, avec un impact plus marqué sur l’île de Koram, dont la population de macaques est plus importante que celle de NomSao. C’est le « plus on est de fous, moins il y a de riz » de Coluche revisité : « plus on est de macaques, moins il y a de fruits de mer ».

Là où cela devient intéressant, c’est que ces mêmes chercheurs ont constaté que, bien que visant les mêmes proies que leurs cousins de NomSao, les macaques de Koram choisissent des outils plus petits pour la pêche. Selon Lydia Luncz et ses collègues d’Oxford, les macaques pourraient avoir ainsi réduit la taille de leurs outils en réponse à la raréfaction des proies.

Peut-on en conclure que le macaque pratique instinctivement la pêche durable tandis que l’homme continue de surexploiter les ressources halieutiques ?

 

(1) NATURE, Vol 549, 21 septembre 2017

Allô la blockchain ? Ici la Noiraude…

Selon Emmanuel Faber, Directeur Général de DANONE, il y a dans la technologie blockchain un outil extraordinaire de traçabilité pour l’agriculture. Un flash code pourrait à terme permettre de tout savoir sur un produit, rendant la question de la transparence quasiment caduque (1).

Ceux qui ne vivent pas le nez dans le digital se demandent ce qu’est la blockchain :

« Une blockchain constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne (…) il faut s’imaginer un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est impossible à effacer et indestructible. » (2)

Les premiers pilotes sont en cours chez DANONE. Demain ou après-demain donc, en pointant votre portable sur un yaourt, vous saurez si la vache à son origine s’appelle Marguerite ou La Noiraude et si elle est normande ou savoyarde.

Voilà qui va combler l’un de mes amis, qui m’exposait cet été son rêve de tout savoir de ce qu’il mange…

(1) Entretien dans l’Usine Nouvelle N° 3524-3525 / 13 juillet 2017

(2) https://blockchainfrance.net/decouvrir-la-blockchain/c-est-quoi-la-blockchain/

Faut-il investir dans la pierre ?

photo : REUTERS/Brendan McDermid

Un sac contenant des échantillons de poussières et de cailloux lunaires collectés par la mission Apollo 11 a été vendu le 20 juillet -tout juste 48 ans plus tard- pour 1,8 millions de dollars.

Unique objet imprégné de poussières de lune resté aux mains de propriétaires privés suite à une erreur d’inventaire, il avait été acheté en 2015 par Nancy Lee Carlson, une avocate américaine, pour 995 dollars. Remarquant des traces sur la pochette, elle l’avait confiée à la NASA pour analyses. Celles-ci ont démontré que le sac conservait bien de la précieuse poussière, propulsant ainsi son prix dans les étoiles.

Investir dans la pierre -de lune- offre manifestement l’assurance de rendements astronomiques.

Ratatouille aime les chatouilles

Tout comme les êtres humains, les rats sont chatouilleux ce qui a permis à Shimpei Ishiyama et Michael Brecht, deux neuroscientifiques de l’Université Humboldt de Berlin, de mettre en évidence le « centre cérébral des chatouilles » chez de jeunes rats, donc plus globalement chez les mammifères.

A la fin des années 90, un autre chercheur en neurosciences avait déjà découvert que les rats poussent de petits « cris » ultrasoniques lorsqu’ils sont chatouillés ou lorsqu’ils jouent, ces petits cris étant assimilables au rire des humains.

Brecht et Ishiyama ont enregistré ces cris ainsi que l’activité d’une zone du cortex des rats selon qu’ils étaient chatouillé sur le ventre, le dos ou encore en situation de stress. Résultat : les rats et nous sommes chatouilleux à peu près aux mêmes endroits. Les rats « en redemanderaient » même, puisqu’ils vont au devant de la main de l’expérimentateur. Par contre, les uns comme les autres nous apprécions nettement moins les chatouilles lorsque nous sommes stressés.

Si ce travail se confirme, il montrera que la sensibilité aux chatouilles encourage les interactions physiques avec les congénères et promeut le lien social !

http://www.nature.com/news/playful-rats-reveal-brain-region-that-drives-ticklishness-1.20973