Wabi-sabi

Le wabi-sabi relie wabi : solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie… et sabi : l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes, la patine des objets, le goût pour les choses vieillies, pour la salissure, etc. Le wabi fait référence à la plénitude et la modestie que l’on peut éprouver face aux phénomènes naturels et le sabi à la sensation face aux choses dans lesquelles on peut déceler le travail du temps ou des hommes (selon Wikipédia).

Cette éthique japonaise prône le retour à une simplicité, une sobriété paisible pouvant influencer positivement l’existence, où l’on peut reconnaître et ressentir la beauté des choses imparfaites, éphémères et modestes. Apparue au 12ème siècle, c’est une notion popularisée en Occident ces dernières années par le Belge Axel Vervoordt.

Si vous aimez les bonsaï, la Joconde ou encore le Vieil homme et la mer, alors vous êtes probablement sensible au wabi-sabi.

Vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’il s’illustre même dans la décoration des plastiques, comme je l’ai découvert la semaine dernière lors du Congrès Tendances Décors et Matières organisé par la SIA (Société des Ingénieurs de l’Automobile) et la SFIP (Société Française des Ingénieurs des Plastiques). La société PLASTIVALOIRE y a en effet présenté de nouveaux décors inspirés par le wabi-sabi et obtenus par application d’un laser sur des pièces plastiques. Le laser est ici utilisé de différentes façons : pour enlever tout ou partie d’une couche superficielle, graver la surface, provoquer une oxydation ou un « cloquage » localisé… Céramique craquelée, écorce d’arbre, oxydation, tweed : les différents effets présentés sont bluffants et cette photo n’en rend compte que très imparfaitement.

Serions-nous plus malins que les humains ?

C’est la question que semble se poser ce macaque crabier ou macaque à longue queue (Macaca fascicularis).

Ses congénères, qui habitent le parc national de Sam Roi Yot en Thaïlande, ont l’habitude d’utiliser des outils pour pêcher les huîtres et coquillages qui composent leur alimentation. Des chercheurs de l’Université d’Oxford (1) ont mis en évidence que la taille et l’abondance des proies avaient tendance à diminuer sur deux îles du parc, avec un impact plus marqué sur l’île de Koram, dont la population de macaques est plus importante que celle de NomSao. C’est le « plus on est de fous, moins il y a de riz » de Coluche revisité : « plus on est de macaques, moins il y a de fruits de mer ».

Là où cela devient intéressant, c’est que ces mêmes chercheurs ont constaté que, bien que visant les mêmes proies que leurs cousins de NomSao, les macaques de Koram choisissent des outils plus petits pour la pêche. Selon Lydia Luncz et ses collègues d’Oxford, les macaques pourraient avoir ainsi réduit la taille de leurs outils en réponse à la raréfaction des proies.

Peut-on en conclure que le macaque pratique instinctivement la pêche durable tandis que l’homme continue de surexploiter les ressources halieutiques ?

 

(1) NATURE, Vol 549, 21 septembre 2017

Marilyn n’est pas seule à aimer les diamants

Marilyn n’est pas seule à aimer les diamants. J’en conviens : j’ai un faible pour ceux de la grille de radiateur des voitures Mercedes.

Déformation professionnelle sans doute… Je ne me lasse pas de contempler cette grille « diamant » quand j’en ai l’occasion. Créée en 2012, elle est moulée par injection en ASA ou acrylonitrile styrène acrylate (1). C’est un réseau très fin (pour optimiser le flux d’air) à deux-cent-quatre-vingt-huit « nœuds » de plastique. Une fois la pièce injectée, les nœuds doivent être décorés, en l’occurrence « chromés » car « l’effet chrome » reste un grand classique du décor des plastiques (2).

Première difficulté : s’il est facile à colorer, l’ASA est assez visqueux ce qui n’en fait pas un candidat évident pour la production de pièces aux parois fines.

La forme de la grille, en l’occurrence les angles du réseau, a constitué un deuxième challenge : il a fallu trouver un compromis entre la maximisation du flux d’air et l’aptitude de la pièce au démoulage. Vous n’êtes pas plasturgiste, mais vous avez bien un moule à cake ? Alors imaginez un moule dont les parois se resserreraient vers le haut au lieu de s’évaser : vous ne pourriez pas démouler le gâteau. En plasturgie, c’est pareil : tous les angles ne sont pas « démoulables ».

Après l’injection, vient l’étape de décoration : un peu comme si vous recouvriez votre gâteau d’un glaçage au chocolat. Ici le « glaçage » est un « marquage à chaud », réalisé par la société allemande KURZ. Il s’agit d’un procédé de transfert d’un décor d’un ruban sur une pièce plastique au moyen d’un tampon en silicone chauffé. Voici une très courte vidéo de KURZ sur le marquage à chaud vertical : Vertical hot stamping. Dans le cas de la grille, ce n’est pas toute la pièce qui est chromée mais seulement les nœuds, dont les formes sont variables pour créer une réfraction non uniforme imitant l’étincellement du diamant. Là réside une troisième difficulté, car le tampon en silicone qui vient appliquer le décor doit pouvoir s’adapter aux différentes courbures des différents nœuds !

Après avoir surmonté tant d’obstacles, cette grille « diamant » a remporté un prix de la SPE (Society of Plastics Engineers) Central Europe en 2013. Si vous voulez mon avis, elle ne l’a pas volé.

 

(1) L’ASA est un polymère thermoplastique de la famille des styréniques : c’est un copolymère styrène-acrylonitrile (donc un SAN) greffé avec un élastomère acrylique. On l’utilise pour la réalisation d’éléments de carrosserie mais aussi pour la fabrication des planches à voile.

(2) That’s chrome, isn’t it? in Plastics News Europe, September 2017.

Les gourous de l’impression 3D me fatiguent

 

Le changement climatique ? Oubliez l’accord de Paris et pensez impression 3D ! C’est en substance ce que dit cet article :

Who Needs The Paris Climate Accords When You Have 3D Printing?

J’en conviens, je n’ai pas lu l’accord de Paris : je ne me prononcerai donc pas sur son efficacité. Par contre, question impression 3D j’en sais à l’évidence plus que l’auteur et il me ferait bien rire si le sujet n’était pas si sérieux. L’apprenti sorcier qui a commis cet article ferait mieux de retourner à son balai, car voici ce qu’il raconte :

« Dans les cinq à dix ans, l’impression 3D occupera une part considérable dans l’industrie. »

« Considérable », ça fait combien au juste : 5%, 10%, 20% ? Le marché global de l’impression 3D devrait représenter 55,8 milliards de dollars en 2027 selon l’étude The future of 3D Printing by 2027 (les chiffres varient quelque peu selon les sources mais l’ordre de grandeur est bien celui-ci), ce qui représente… 0,5% de la production industrielle globale.

« L’impression 3D émet moins de fumées et de vapeurs toxiques [que les procédés conventionnels]. Les émissions sont en outre mieux contenues et éliminées grâce à des filtres. »

Heureusement, l’industrie n’a pas attendu l’auteur pour se préoccuper des émissions nocives et découvrir les filtres ! Il n’y a d’ailleurs pas de raison que l’impression 3D soit en elle-même moins « émissive » que les procédés conventionnels. Au contraire, il est établi qu’imprimer des plastiques en 3D génère des particules ultrafines et des composés organiques volatils plus ou moins nocifs (Emissions of Ultrafine Particles and Volatile Organic Compounds from Commercially Available Desktop Three-Dimensional Printers with Multiple Filaments). Quant à la fabrication additive métallique, elle implique la manipulation de poudres fines, qui présentent des risques tant sur le plan de la santé (au niveau respiratoire par exemple) que sur celui de la sécurité (explosion). Les exigences liées à la manipulation des poudres ne se limitent bien sûr pas au métal. Regardez cette vidéo et l’équipement de l’opérateur et dites-moi si vous installeriez cela chez vous :

3D printed plastic hand

Au passage, ceci montre à quel point il faut avoir un sens excessif du raccourci pour asséner sans nuance que l’impression 3D est « l’exemple phare de la fabrication additive, qui assemble les matériaux de façon précise en n’utilisant que ce qui est nécessaire au produit final. » Car il ne faut pas croire que la poudre en excès que vous voyez sur ces images soit réutilisable indéfiniment…

Selon l’auteur, l’impression 3D serait définitivement « moins polluante ». Je connais pourtant des exemples de pièces qui nécessitent 75% de leurs poids en produits chimiques pour être « nettoyées » après leur fabrication par impression. Est-ce que vous utiliseriez -presque- 4 kg de lessive pour laver 5 kg de linge ?

Pour conclure, l’auteur cite Julian Simon, qui paria dans les années 70 que les ressources naturelles deviendraient plus et non moins abondantes avec le temps et « gagna son pari haut la main dix ans plus tard ». Voilà qui piétine allègrement les lois de la thermodynamique et amène l’auteur à regretter que « les écologistes continuent d’ignorer la capacité des entreprises à résoudre les problèmes qu’elles créent ». Un aveu « d’auto-toxicité » qui prête à sourire, non ?

L’impression 3D ne remplace pas les technologies existantes, pas plus qu’elle n’a vocation à résoudre la question du changement climatique. Par contre, elle ouvre des perspectives considérables quant à la complexité des formes, la liberté de conception des pièces, la réduction des assemblages et la personnalisation. Un exemple parmi des milliers d’autres : elle est actuellement étudiée comme un moyen de réalisation de capteurs et générateurs électriques en polymères piézoélectriques : Les objets connectés passent à la génération piézoélectrique.

Oui, l’impression 3D est une nouvelle et fabuleuse lame sur le couteau suisse, mais raconter n’importe quoi à son sujet ne lui rend pas service.

 

Voir la version anglaise de cet article sur LINKEDIN : 3D printing

Soufre et colza : le jaune est la couleur de la rentrée !

La convention de Minamata sur le mercure, adoptée par les Nations Unies en 2013, est entrée en vigueur le 16 août dernier. Ses 74 pays signataires ont l’obligation de protéger leurs citoyens des effets nocifs du mercure et de mettre en place un contrôle des activités polluantes, comme l’exploitation artisanale des mines d’or, le raffinage du pétrole et du gaz naturel, la métallurgie ou même l’agriculture.

Le mercure est en effet un poison violent dont les effets étaient déjà décrits par Pline l’Ancien au 1er siècle. Les composés du mercure utilisés pour traiter les feutres destinés à la fabrication de chapeaux auraient d’ailleurs inspiré à Lewis Caroll le personnage du chapelier fou d’Alice au pays des merveilles.

On estime à 1 400 tonnes par an la contamination des eaux et des sols par le mercure utilisé pour la seule exploitation des petites mines d’or artisanales, lesquelles sont essentiellement situées dans des pays pauvres. Or s’il existe déjà des solutions de remédiation, elles sont généralement coûteuses.

Le moment était opportun pour qu’une équipe de chimistes australiens publie les résultats de ses travaux sur un traitement « low cost » des déchets contaminés par le mercure. En mélangeant de l’huile de colza ou de tournesol usagée (un sous-produit de l’industrie agro-alimentaire) à du soufre (un sous-produit abondant et peu coûteux de la pétrochimie), ils ont obtenu un polymère, un genre de caoutchouc synthétique, suffisamment polyvalent pour capturer le mercure sous ses formes les plus communes.

Recycler pour dépolluer : c’est le « double effet kiss-cool » appliqué à la protection de l’homme et de l’environnement (les deux étant indissociables bien sûr).

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/chem.201702871/full

Allô la blockchain ? Ici la Noiraude…

Selon Emmanuel Faber, Directeur Général de DANONE, il y a dans la technologie blockchain un outil extraordinaire de traçabilité pour l’agriculture. Un flash code pourrait à terme permettre de tout savoir sur un produit, rendant la question de la transparence quasiment caduque (1).

Ceux qui ne vivent pas le nez dans le digital se demandent ce qu’est la blockchain :

« Une blockchain constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne (…) il faut s’imaginer un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est impossible à effacer et indestructible. » (2)

Les premiers pilotes sont en cours chez DANONE. Demain ou après-demain donc, en pointant votre portable sur un yaourt, vous saurez si la vache à son origine s’appelle Marguerite ou La Noiraude et si elle est normande ou savoyarde.

Voilà qui va combler l’un de mes amis, qui m’exposait cet été son rêve de tout savoir de ce qu’il mange…

(1) Entretien dans l’Usine Nouvelle N° 3524-3525 / 13 juillet 2017

(2) https://blockchainfrance.net/decouvrir-la-blockchain/c-est-quoi-la-blockchain/

Faut-il investir dans la pierre ?

photo : REUTERS/Brendan McDermid

Un sac contenant des échantillons de poussières et de cailloux lunaires collectés par la mission Apollo 11 a été vendu le 20 juillet -tout juste 48 ans plus tard- pour 1,8 millions de dollars.

Unique objet imprégné de poussières de lune resté aux mains de propriétaires privés suite à une erreur d’inventaire, il avait été acheté en 2015 par Nancy Lee Carlson, une avocate américaine, pour 995 dollars. Remarquant des traces sur la pochette, elle l’avait confiée à la NASA pour analyses. Celles-ci ont démontré que le sac conservait bien de la précieuse poussière, propulsant ainsi son prix dans les étoiles.

Investir dans la pierre -de lune- offre manifestement l’assurance de rendements astronomiques.

Le renouveau du terrazzo

En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans, si l’on en croit un rapport de la Fondation Ellen MacArthur publié l’an dernier.

Le designer australien Brodie Neill est donc parti à la pêche pour nous proposer cette table « Gyro » faite d’un « terrazzo » nouveau : 70% de déchets plastiques ramassés sur les côtes et 30% de résine. Le résultat est magique, non ? De quoi voir nos déchets d’un autre œil et nous décider à changer la déco ! A raison de 8 millions de tonnes de plastiques déversés en mer chaque année, nous ne manquerons pas de tables… mais n’aurons peut-être plus de poisson à y poser.

https://www.treehugger.com/eco-friendly-furniture/recycled-ocean-plastic-gyro-table-brodie-neill.html

La 3D c’est désuet !

La 3D c’est déjà désuet ! Pour preuve, le CNRS organise un workshop à Paris le 15 septembre sur l’impression 4D :

L’impression 4D, c’est la fabrication additive (l’impression 3D, donc) d’objets dont la forme et/ou la fonctionnalité peuvent changer en fonction du temps ou d’une sollicitation externe (la lumière par exemple).

Il s’ensuit qu’elle permet d’imaginer l’auto-assemblage de matériaux ou d’objets, cet auto-assemblage étant rendu possible par le fait même que la matière qui les compose est « programmable ».

Bien sûr les perspectives (plus besoin d’usines, une robotisation qui se fait toute seule…) n’ont d’égal que les verrous qu’elle doit encore lever !

Pour en savoir plus, il suffit de s’inscrire ici.

Recyclage du PET : le diable est dans les détails

Le rendement des recycleurs de PET (polyethylene terephtalate) a chuté de 73 à 68% depuis 2011 : pourquoi ?

Les bouteilles transparentes sont toujours plus fines, donc les paillettes de matière produites au recyclage aussi, augmentant la perte durant le processus. Une fois de plus, le diable est dans les détails : pour gagner sur la matière vierge (et le coût, ne soyons pas naïfs), nous pénalisons la fin de vie !

De plus, les applications alimentaires s’étendent désormais aux bouteilles opaques et aux barquettes, or les systèmes de collecte n’ont pas suivi cette complexité nouvelle.

Il y a donc deux axes de progrès :

D’une part il faut travailler en amont sur l’éco-conception des emballages en PET pour améliorer leur recyclabilité.

D’autre part il faut, en aval, revoir les procédés de tri pour préserver la qualité des flux « historiques » (le PET transparent) et développer des filières dédiées pour le traitement du PET opaque et des barquettes.

https://www.recycling-magazine.com/2017/07/17/pet-recyclers-suffer-lower-input-qualities/