50 nuances de gris

Lac Taupo, Nouvelle-Zélande, photo personnelle

Quand l’inimaginable est devenu l’évidence, quand il est apparu clairement que le confinement n’était plus qu’une question de jours, l’insistance des journalistes à arracher des « oui » ou des « non » aux politiques est passée d’irritante à insupportable. C’est alors que mes oreilles ont levé le pied sur les infos.

S’il y a bien une certitude que j’ai retenue de mes études de sciences, c’est que la réalité est rarement noire ou blanche mais se compose plutôt à partir d’une vaste palette de gris. Le bon côté de la chose, c’est qu’il ne m’est pas très difficile d’admettre que « je ne sais pas ». Si on ne peut jamais tout savoir, on peut quasiment toujours apprendre. Le mauvais, c’est que j’ai un mal fou à supporter ceux qui pensent tout savoir ou, comme bien des journalistes au début de la crise, qui exigent que leurs interlocuteurs aient sur chaque sujet des réponses non seulement binaires mais encore définitives.

Début mars, je constatai avec consternation combien certains étaient éloignés de la réalité scientifique et plus largement, de celle du monde qui nous entoure, incertain et changeant. Un peu plus tard, je tombai sur un article de Darren Saunders, Professeur associé à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney, qui fut une révélation, ce que les anglo-saxons appellent joliment le « aha moment ».

Vous pourrez le lire ici ou vous contenter des conclusions à savoir que nous devons, en tant que société, intégrer plus sereinement le doute et l’incertitude dans les affaires publiques, politiques et économiques. La crise sanitaire actuelle montre que s’en tenir à une ligne spécifique ne fonctionne pas dans une situation mouvante et dynamique. Les femmes et les hommes politiques doivent sans aucun doute rendre des comptes, mais ils doivent aussi bénéficier de l’espace nécessaire pour faire évoluer -sincèrement- leurs positions avec l’évidence.

Nathalie Pécoul