Tout corps plongé dans l’eau…

Photo : EPO

Tout corps plongé dans un liquide subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé, aurait plus ou moins dit Archimède. Mais il aurait pu ajouter : tout corps plongé dans un liquide, pour peu que celui-ci contienne des micro-organismes, se voit rapidement colonisé par ceux-ci jusqu’à être recouvert d’un « biofilm » : on appelle cela « l’encrassement biologique » ou « biofouling ». Des carapaces de tortues aux casiers à crustacés, des coques de bateaux aux mammifères marins : tout est bon pour s’installer !

Si l’encrassement biologique a produit quelques merveilles (les barrières de corail par exemple), il présente aussi des inconvénients majeurs, augmentant par exemple la consommation de carburant des bateaux de 10 à 40%, soit un surcoût annuel de 20 milliards de dollars pour le secteur maritime, sans compter les émissions associées de CO2.

Après avoir effectué un travail de recherche sur la corrosion et le biofouling à l’Université de Technlogie de Delft au début des années 2000, le néerlandais Rik Breur a créé sa société afin de poursuivre ses développements dans ce domaine. Amateur de plongée, il s’est inspiré de l’oursin pour développer un matériau antifouling qui lui a permis d’obtenir le prix de l’inventeur européen l’an dernier.

Ce matériau présenté sous forme de rouleau, comme de la moquette, est composé de microfibres de polyamide sur une face et d’un film auto-adhésif sur l’autre face pour pouvoir l’appliquer sur la coque des bateaux. Dans l’eau, les oscillations continues des « piquants » en polyamide créent une surface peu attrayante pour les algues, les coquillages et autres bernacles, protégeant ainsi la surface du biofouling. La densité des microfibres est prévue pour empêcher la vie marine de se développer entre elles. Il est bien sûr essentiel que ces microfibres ne puissent pas se détacher du revêtement pour ne pas polluer les eaux. Selon Rik Breur, le matériau est efficace aussi bien en statique qu’en dynamique ce qui permet de l’utiliser non seulement sur les bateaux mais aussi sur des structures telles que des plates-formes pétrolières ou des éoliennes offshore.

Une nouvelle fois, l’oursin inspire des développements qui ne manquent pas de piquant.

Pour en savoir plus : https://www.epo.org/learning-events/european-inventor/finalists/2019/breur_fr.html

Nathalie Pécoul