Le renouveau du terrazzo

En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans, si l’on en croit un rapport de la Fondation Ellen MacArthur publié l’an dernier.

Le designer australien Brodie Neill est donc parti à la pêche pour nous proposer cette table « Gyro » faite d’un « terrazzo » nouveau : 70% de déchets plastiques ramassés sur les côtes et 30% de résine. Le résultat est magique, non ? De quoi voir nos déchets d’un autre œil et nous décider à changer la déco ! A raison de 8 millions de tonnes de plastiques déversés en mer chaque année, nous ne manquerons pas de tables… mais n’aurons peut-être plus de poisson à y poser.

https://www.treehugger.com/eco-friendly-furniture/recycled-ocean-plastic-gyro-table-brodie-neill.html

La 3D c’est désuet !

La 3D c’est déjà désuet ! Pour preuve, le CNRS organise un workshop à Paris le 15 septembre sur l’impression 4D :

L’impression 4D, c’est la fabrication additive (l’impression 3D, donc) d’objets dont la forme et/ou la fonctionnalité peuvent changer en fonction du temps ou d’une sollicitation externe (la lumière par exemple).

Il s’ensuit qu’elle permet d’imaginer l’auto-assemblage de matériaux ou d’objets, cet auto-assemblage étant rendu possible par le fait même que la matière qui les compose est « programmable ».

Bien sûr les perspectives (plus besoin d’usines, une robotisation qui se fait toute seule…) n’ont d’égal que les verrous qu’elle doit encore lever !

Pour en savoir plus, il suffit de s’inscrire ici.

Recyclage du PET : le diable est dans les détails

Le rendement des recycleurs de PET (polyethylene terephtalate) a chuté de 73 à 68% depuis 2011 : pourquoi ?

Les bouteilles transparentes sont toujours plus fines, donc les paillettes de matière produites au recyclage aussi, augmentant la perte durant le processus. Une fois de plus, le diable est dans les détails : pour gagner sur la matière vierge (et le coût, ne soyons pas naïfs), nous pénalisons la fin de vie !

De plus, les applications alimentaires s’étendent désormais aux bouteilles opaques et aux barquettes, or les systèmes de collecte n’ont pas suivi cette complexité nouvelle.

Il y a donc deux axes de progrès :

D’une part il faut travailler en amont sur l’éco-conception des emballages en PET pour améliorer leur recyclabilité.

D’autre part il faut, en aval, revoir les procédés de tri pour préserver la qualité des flux « historiques » (le PET transparent) et développer des filières dédiées pour le traitement du PET opaque et des barquettes.

https://www.recycling-magazine.com/2017/07/17/pet-recyclers-suffer-lower-input-qualities/

Biomimétisme : le pouvoir des épinards

La deuxième édition de BIOMIM’EXPO, le rendez-vous du biomimétisme et des innovations bio-inspirées, s’est tenue à Senlis les 29 et 30 juin.

Du biomimétisme à la bio-inspiration

Pour ceux qui ne seraient pas encore familiers avec le biomimétisme, disons qu’il repose sur l’étude des systèmes naturels pour créer de nouveaux produits, services et modèles d’organisation durables. Pour plus de détails et d’exemples, je renvoie à l’inspirant ouvrage de l’américaine Janine Benyus paru en 1997 et intitulé Biomimicry: Innovation inspired by Nature. Une traduction française a été publiée en 2011 sous le titre Biomimétisme : quand la nature inspire l’innovation.

Bien sûr Léonard de Vinci -par exemple- puisait largement son inspiration dans l’observation du vivant, quant à la Tour Eiffel, sa structure serait inspirée… de celle du fémur. Il n’y a rien là de bien neuf. Mais ce que la notion de “biomimétisme” ajoute à cette activité d’observation vieille comme le monde (il suffit de penser à Lascaux ou à Chauvet pour s’en convaincre), c’est l’ambition d’y puiser des innovations responsables et durables.

Une fois cette définition posée, précisons qu’il s’agit plus d’un mode de réflexion que d’une science, comme l’a souligné Gilles Boeuf[1] durant son intervention à BIOMIM’EXPO. Demandons-nous ensuite s’il vaut mieux parler de “biomimétisme”, ce qui sous-tend une imitation, ou de bio-inspiration. A cette interrogation le même Gilles Boeuf mais aussi Marc Fontecave[2] ou encore Claude Grison[3] ont successivement répondu dans leurs interventions “bio-inspiration”, dans leur volonté manifeste d’aller au-delà de la simple “copie”.

Pourquoi se mobiliser pour une innovation responsable ?

Comme l’a rappelé Roland Jourdain[4], nous sommes tous témoins et même acteurs de la dégradation de notre environnement : le navigateur voit en course sur ses écrans l’augmentation du trafic maritime au fil des années, son bateau lui-même a un impact environnemental conséquent ! A force de constats, vient le jour où l’on se demande comment agir pour remédier. Si Pierre Rabhi[5] n’était pas là, son ombre planait néanmoins sur le Manège du quartier Ordener de Senlis : “Si l’homme a besoin de la nature, la nature n’a pas besoin de l’homme. A bon entendeur”… Soyons donc tous des colibris et faisons notre part.

D’ailleurs, bonne nouvelle, la préservation de la biosphère est compatible avec le développement d’un modèle économique viable et la création d’emplois selon Emmanuel Delannoy[6]. Alors, regardons de plus près quelques exemples.

Voler sans bruit

Si vous aimez les avions (un magnifique exemple de bio-inspiration), vous devriez apprécier le travail de Marianna Braza[7] et de son équipe, qui cherchent avec AIRBUS à diminuer les instabilités en vol en s’inspirant des rapaces.

Bien sûr les formes des ailes d’avion sont inspirées de celles des grands oiseaux et incluent déjà des parties mobiles, à ceci près qu’elles sont rigides et donc nettement moins efficaces. D’où l’idée de les rendre intelligentes et flexibles pour leur permettre de se courber dans les deux sens (améliorant ainsi la portance) et de vibrer à leur extrémité. Pourquoi rechercher ce phénomène de vibration ? Parce qu’il atténue le frottement de l’air -la traînée- et permet notamment aux rapaces de fondre sans bruit sur leur proie. L’intégration d’actuateurs piézo-électriques en céramique dans les volets sustentateurs des ailes d’A320 pour en réduire le bruit (en phase de décollage et d’atterrissage) et la consommation d’énergie (en croisière) est donc à l’étude. Premiers essais en vol prévus en 2020 et plus d’informations sur www.smartwing.org !

Écoulement d’air généré par l’aile d’un oiseau à gauche (c’est net) et celle d’un avion à droite (c’est la pagaille) – Images CNRS

Le pouvoir des épinards…

Connaissez-vous la « plastronique » ? Comme son nom le suggère, elle combine plasturgie et électronique en intégrant directement les fonctions électroniques aux pièces plastiques, supprimant ainsi les cartes électroniques. Elle apporte entre autres avantages miniaturisation et allègement et vous l’avez déjà très probablement adoptée sans le savoir puisqu’elle est très présente dans les smartphones.

Cela étant, il n’est pas facile de créer des pistes conductrices sur une pièce plastique de forme complexe, le plastique étant par définition un matériau isolant. Les procédés conventionnels sont souvent « soustractifs » et gaspillent donc de la matière. Ils peuvent aussi nécessiter un vide poussé donc un équipement compliqué. A la recherche d’un moyen plus économe et plus simple, l’équipe de Marc Desmulliez[8] a donc décidé d’utiliser… des épinards. Elle entend ainsi concurrencer le procédé leader de la métallisation des surfaces plastiques complexes : l’activation par laser.

… Et celui des fleurs !

Enfin, Claude Grison s’intéresse à des végétaux très particuliers qui poussent sur les sols miniers. Ils en extraient les métaux lourds via leur système racinaire et les concentrent dans leurs parties aériennes. Ils stabilisent également les sols, limitant l’érosion éolienne donc la dissémination des polluants.

Des esprits chagrins y verraient un verre à moitié vide : certes le sol est dépollué mais que faire de la biomasse contaminée résultante ? Tandis que Claude Grison voit le verre à moitié plein : elle considère cette biomasse comme une source de métaux rares et coûteux, qu’elle transforme en éco-catalyseurs indispensables à la synthèse de molécules à haute valeur ajoutée, par exemple des médicaments.

Zinc, nickel, manganèse, aluminium font partie de ses cibles habituelles. A l’issue de son intervention, l’un des auditeurs demande ce qu’il en est des substances radioactives. Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, une amarante concentrerait du césium radioactif à Tchernobyl.

Décidément, si les fleurs et les légumes « y arrivent », pourquoi pas nous ?

 

[1] Gilles BŒUF est Président du conseil scientifique de l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB), ancien Président du Muséum d’Histoire Naturelle et Professeur à l’Université Pierre et Marie Curie.

[2] Marc FONTECAVE est Professeur au Collège de France, Chaire de Chimie des processus Biologiques et Directeur du Laboratoire de Chimie des Processus Biologiques, Collège de France.

[3] Claude GRISON est Professeure de chimie bio-organique à l’Université de Montpellier et Directrice du Laboratoire ChimEco de chimie bio-inspirée et innovations écologiques.

[4] Roland JOURDAIN, double vainqueur de la Route du Rhum, est à l’origine de la création du fonds EXPLORE qui soutient des projets utilisant la science, l’innovation et la sensibilisation pour répondre aux enjeux environnementaux.

[5] Pierre RABHI est un pionnier de l’agriculture écologique en France, essayiste, romancier et fondateur du mouvement Colibris.

[6] Emmanuel DELANNOY est l’auteur du livre Permaéconomie et le Directeur de l’institut INSPIRE, qui entend réconcilier développement économique et biosphère.

[7] Marianna BRAZA est Directrice de recherche CNRS à l’Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse.

[8] Marc DESMULLIEZ est Professeur, Directeur du Département « Sensors, Signals and Systems » à l’Université Heriot Watt à Edimbourg.

Après les blue suede shoes…

Voici les ROTHY’S : des ballerines en PET recyclé créées par Roth Martin et Stephen Hawthornthwaite à San Francisco. Déclinées en deux formes et une multitude de couleurs, elles sont réputées légères, confortables et lavables en machine. Elles sont en outre recyclables : si vous n’en voulez plus, vous pouvez les retourner gratuitement à PLUSfoam, une société qui recycle déjà les produits de PATAGONIA ou THE NORTH FACE notamment.

https://rothys.com/

NAKEFIT : une vraie fausse bonne idée ?

Imaginez-vous Marcello Mastroianni mettre des NAKEFIT pour rejoindre Anita Ekberg dans la Fontaine de Trevi ? Moi, non : en matière de chic italien, je pense que le « Bel Paese » a déjà proposé mieux. Quoi qu’il en soit, ces semelles adhésives, antidérapantes et waterproof imaginées par Sabato Alterio font un tabac sur Kickstarter et créent le « buzz » sur Internet. Etrange, car outre une esthétique discutable, elles présentent l’inconvénient d’être jetables. Combien d’entre elles finiront à la mer cet été ?

http://www.nakefit.com/

 

Ratatouille aime les chatouilles

Tout comme les êtres humains, les rats sont chatouilleux ce qui a permis à Shimpei Ishiyama et Michael Brecht, deux neuroscientifiques de l’Université Humboldt de Berlin, de mettre en évidence le « centre cérébral des chatouilles » chez de jeunes rats, donc plus globalement chez les mammifères.

A la fin des années 90, un autre chercheur en neurosciences avait déjà découvert que les rats poussent de petits « cris » ultrasoniques lorsqu’ils sont chatouillés ou lorsqu’ils jouent, ces petits cris étant assimilables au rire des humains.

Brecht et Ishiyama ont enregistré ces cris ainsi que l’activité d’une zone du cortex des rats selon qu’ils étaient chatouillé sur le ventre, le dos ou encore en situation de stress. Résultat : les rats et nous sommes chatouilleux à peu près aux mêmes endroits. Les rats « en redemanderaient » même, puisqu’ils vont au devant de la main de l’expérimentateur. Par contre, les uns comme les autres nous apprécions nettement moins les chatouilles lorsque nous sommes stressés.

Si ce travail se confirme, il montrera que la sensibilité aux chatouilles encourage les interactions physiques avec les congénères et promeut le lien social !

http://www.nature.com/news/playful-rats-reveal-brain-region-that-drives-ticklishness-1.20973