Ceci n’est pas un sac…

Photo du Gladiator sur le site DELVAUX : www.delvaux.com

Ceci n’est pas un sac, c’est le GLADIATOR de DELVAUX, la « plus ancienne maison de maroquinerie de luxe au monde » puisqu’elle a été fondée à Bruxelles en 1829 soit deux ans avant… la Belgique !

Pour l’édition 2019 du Congrès Tendances Décors et Matières, la Société Française des Ingénieurs des Plastiques (SFIP) avait invité DELVAUX à venir nous présenter ce « guerrier des temps modernes ».

Ainsi ai-je appris que DELVAUX propose chaque année depuis cinq ans une édition limitée en PVC dont le Dark Knight, le Hero ou encore le Champion. Pour le Gladiator Christina Zeller, Directrice artistique de la maison, s’est inspirée de la série Game of Thrones.

Outre le PVC, plus connu du grand public sous le nom de vinyle, DELVAUX a utilisé un TPU et de l’ABS. Les TPU sont des « élastomères thermoplastiques » souples. L’ABS est plutôt rigide et souvent d’un bel aspect brillant (pensez aux capots des aspirateurs par exemple).

Le développement du GLADIATOR a pris un an, selon Didier Jourdeuil, Directeur de la production chez DELVAUX. Le sac fait bien sûr l’objet de nombreux tests, par exemple de portage, de résistance aux UV (il ne doit pas jaunir avec le temps) et le suivi est rigoureux jusqu’à la mise en boutique : aucune rayure n’est tolérable sur ces modèles qui ne sont délibérément pas positionnés comme « entrée de gamme ». La « motivation d’achat doit être le coup de coeur et non le prix », insiste Christina Zeller. Comprenez qu’il vous faudra débourser peu ou prou la même somme que pour un sac monogramme de Vuitton, lui aussi en PVC et beaucoup plus que pour le sac EASTPACK inspiré de l’univers de Blade Runner dont je vous avais parlé l’année dernière .

Il faut croire que le plastique fait encore battre bien des coeurs, en dépit de sa mauvaise réputation actuelle, puisque chacune de ces éditions limitées est un succès. Sept cents exemplaires de la prochaine sont déjà réservés, sur les mille deux cents qui seront produits.

Je leur passerais bien un savon…

Je découvre aujourd’hui l’existence d’un « gel douche en poudre », présenté par ses créatrices comme permettant de : « supprimer l’eau (et oui l’eau coule déjà sous la douche) pour ne garder que l’essentiel, nomade par excellence, léger, pour la salle de gym ou un départ en week-end »… De quoi « révolutionner ensemble la façon de produire et d’utiliser nos produits de beauté. »

Est-ce qu’on ne nous prendrait pas une nouvelle fois pour des quiches ? Ou peut-être sont-ce les deux entrepreneuses en question qui sont un peu tartes ?

Saviez-vous que c’est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son que certains ont l’air brillant avant d’avoir l’air con ? Ici, l’adage s’applique parfaitement à l’idée : elle a l’air brillante mais à y regarder de plus près, elle est parfaitement con. Car le produit sans eau, nomade et léger existe depuis des millénaires et s’appelle… le savon. Je confesse que je fais venir les miens de l’Ile de Ré. Au moins sont-ils fabriqués en France par une petite société et contribuent-ils à l’économie locale. Je les transporte aisément partout dans une petite boîte réutilisable. Tandis que le « gel douche en poudre » est vendu dans un emballage plastique jetable. A l’un des internautes qui remarque, comme d’autres, que ce plastique à usage unique est un peu gênant et qui suggère une version « biodégradable », l’une des deux créatrices qui méconnaît manifestement le sujet répond « Oui mais le végétal reste du plastique ni biodégradable , non ? » (sic). Je vous renvoie au besoin à un précédent article sur le végétal, le biodégradable et autres. Mais quoi qu’il en soit, je peux vous dire que cette dame n’a absolument pas conçu son produit de façon responsable.

J’ajoute en outre que les formats « poudre » ne sont pas, loin s’en faut, les plus pratiques à utiliser. Les industriels le savent bien, les particuliers aussi d’ailleurs, si par hasard leur vient une soudaine envie d’éternuer devant un gâteau voilé de cacao. Allez donc manipuler votre sac de poudre sous la douche et revenez m’en parler.

C’est l’exemple type de la course à l’innovation, qui plus est « cruelty free and vegan » bref bien dans l’air du temps mais qui ne peut soulever l’enthousiasme que chez les imbéciles. Je leur passerais volontiers un savon, à ces innovatrices-là, ainsi qu’à leur public béat et naïf.

And the winner is…

Qu’y a-t-il de commun entre les films Skyfall et Ma vie de Courgette ? A minima, l’impression 3D. Fabrication additive et cinéma font bon ménage depuis de nombreuses années déjà et le mois dernier, un Oscar est venu consacrer cette union.

L’Oscar des meilleurs costumes a en effet été attribué à Ruth E. Carter pour son travail sur les costumes du film Black Panther. La créatrice a basé son travail sur l’alliance entre tradition et hypermodernité. Car la civilisation Wakanda décrite dans le film possède une avance technologique considérable sur le reste du monde, alliée à un enracinement profond de sa culture traditionnelle africaine résultant de son isolement. Les costumes devaient donc apparaître totalement futuristes et en même temps complètement traditionnels.

Pour relever ce défi, Ruth Carter a fait appel à Julia Koerner, une designer pluridisciplinaire intervenant dans les domaines de l’architecture et de la mode et reconnue pour sa maîtrise de l’impression 3D de vêtements. Avec l’aide de la société belge MATERIALISE, spécialisée dans la réalisation de pièces imprimées, elles ont créé la couronne (inspirée des coiffes de mariage zulu) et le mantelet de la reine Ramonda, jouée par Angela Bassett. Les pièces ont été obtenues par le procédé dit SLS (Selective Laser Sintering) qui consiste à fusionner une couche de particules avec un laser. Une fois la première couche terminée, une deuxième couche est ajoutée et ainsi de suite, jusqu’à ce que la pièce soit complètement construite. La poudre en question est un polyamide 12, l’un des nombreux éléments de la grande famille des polyamides. Si celui-ci ne vous dit rien, peut-être vous rappelez-vous que je vous avais parlé ici de son petit frère le polyamide 11 et sans doute connaissez-vous leur cousin le plus célèbre : le nylon.

Wakanda -and Koerner- forever !

Photo : MARVEL

Le retour de l’abeille masquée

En cette rentrée 2018, ABC Radio Brisbane relate l’émoi des chercheurs australiens autour d’une  abeille locale, Hylaeus nubilosus, qui pourrait inspirer le développement d’un plastique plus respectueux de l’environnement. Je soupçonne la chroniqueuse de n’avoir pas innocemment écrit que la nouvelle fait le « buzz » parmi la communauté scientifique…

Cette « abeille masquée » (c’est son nom commun) produit pour fabriquer son nid une substance semblable au cellophane, naturellement résistante à l’eau et aux flammes : une particularité qui a décidé Veronica Harwood-Stevenson, passionnée de biologie, à vouloir s’en inspirer pour créer un matériau biodégradable.

C’est ainsi qu’a été créée Humble Bee, une start-up de biotechnologie, basée à Wellington en Nouvelle-Zélande. Car l’idée de Veronica est d’étudier l’ADN de l’abeille, d’identifier les gènes qui lui permettent de synthétiser la fameuse substance et d’introduire ensuite ces gènes dans une bactérie qui produira la substance à grande échelle. C’est sur ce même principe que l’insuline a pu être synthétisée en masse dans les années 70.

A propos du plastique, ou plutôt des plastiques car ils sont innombrables, Veronica déclare qu’ils présentent des propriétés et performances qui les rendent incontournables pour de nombreuses industries et dans la vie quotidienne. C’est exact et personnellement j’aime assez cette vision pragmatique qui consiste à prendre à bras le corps une vérité et à tenter de la contourner intelligemment plutôt que de la nier.

La route sera longue cependant puisque la fondatrice de Humble Bee se donne cinq ans pour obtenir un premier matériau commercialisable. Des fabricants de matériel d’extérieur se seraient d’ores et déjà montrés intéressés, notamment pour la fabrication de toiles de tente.

 

Photo : Veronica Harwood-Stevenson

Pour en savoir plus : How a humble Australian bee could help the world’s plastic problem

Comment transformer un coquillage en cellule photovoltaïque

Prenez pour commencer un oursin plat (genre Mellita) communément appelé « dollar des sables ». Il est essentiellement composé de calcite, c’est-à-dire de carbonate de calcium. A l’état naturel, le calcium peut être en partie remplacé par d’autres ions métalliques chargés positivement comme le magnésium, le zinc ou encore le baryum.

Choisissez ensuite une équipe de chercheurs, par exemple Willem Noorduin et ses collègues de l’AMOLF (un institut de recherche situé aux Pays-Bas). Faites-leur échanger dans la structure de l’oursin le baryum et le carbonate par des éléments bien précis, typiques de certains matériaux synthétiques utilisés pour la fabrication de cellules photovoltaïques. (Pour ceux qui ont quelques souvenirs de chimie, ces éléments sont d’une part le plomb sous sa forme d’ion : Pb2+ et d’autre part un halogénure, c’est-à-dire un ion dérivé d’un halogène comme par exemple le chlore ou le fluor.)

Pour le dire plus simplement peut-être, c’est exactement comme dans certains  commentaires des recettes de Marmiton : tel internaute a trouvé « délicieux » le gratin de courgettes à la feta mais comme il n’aime ni l’une ni les autres, il a mis des tomates à la place des courgettes et de la mozarella au lieu de la feta et franchement, « c’était super, les enfants ont adoré »…

Ici c’est pareil : après avoir substitué chaque ingrédient, les chercheurs ont obtenu une « perovskite » plomb-halogénure, connue comme matériau photovoltaïque à haut rendement, tout en conservant exactement la forme initiale, celle de l’oursin !

La perovskite ainsi obtenue a démontré la même efficacité dans l’absorption et la ré-émission de lumière que les perovksites sous forme de film, suggérant que cette méthode d’obtention pourrait être utilisée pour produire des composants optiques et électroniques en trois dimensions au lieu de deux, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux développements.

Photo : Noorduin lab, AMOLF

Pour en savoir plus : Glow-in-the-dark semiconductor seashells

La poésie dans le gobelet

Dans la série « on ne ne dit pas  » (par exemple : on ne dit pas « un potager » mais « un vieil ami »…), on ne devrait plus dire « les matières recyclées » mais « les matières premières secondaires ». Car qui dit « recyclé » pense souvent « déchet », ce qui manque singulièrement d’attrait avouez-le.

Pour rendre le déchet plus attractif et nous convaincre de l’intérêt de la ré-utilisation de nos objets en fin de vie, il n’y a pas que les tours de passe-passe du vocabulaire, heureusement. Il y a aussi des artistes comme l’Américaine Tara Donovan, qui transforme les pailles et les gobelets en plastique, les assiettes en carton ou encore les fils de pêche en œuvres aussi spectaculaires que délicates. Et le plastique redevient fantastique…

Cette photo et d’autres sont à retrouver sur : Collectif textile, Tara Donovan

Les biosourcés ou comment distraire le fils des voisins

Vous connaissez l’histoire des papous ? Vous savez, il y a les papous à poux et les papous pas à poux mais aussi les papous papas et les papous pas papas… Pour le développement du sujet, je vous renvoie à Gaston Lagaffe. En fait, je voulais plutôt vous parler des bioplastiques parce que c’est un peu comme les papous : il y a des sous-catégories assez subtiles !

Nombreux sont ceux qui pensent qu’un « bioplastique » est un plastique « biodégradable », donc qui se dégrade à plus ou moins longue échéance sous l’action de micro-organismes tels que des bactéries ou des champignons. Mais ce n’est pas si simple. Aujourd’hui, le terme de « plastique biosourcé » est  préféré au terme de « bioplastique » car il reflète mieux l’origine de la plupart des bioplastiques. Etre biosourcé signifie être d’origine renouvelable, par exemple être issu de la canne à sucre, de la betterave, de la graine de ricin, de la caséine du lait et j’en passe, par opposition à « être d’origine fossile » c’est-à-dire issu du pétrole ou du charbon.

Mais, tout comme il y a des papous à poux et des papous pas à poux,  il y a des biosourcés biodégradables et des biosourcés pas biodégradables ! Dans la première catégorie on trouve entre autres le PLA ou acide polylactique. Dans la seconde, le bio-PE ou bio-polyéthylène : un cousin du polyéthylène conventionnel donc « fossile ». Mais il ne faudrait pas oublier les biodégradables qui ne sont pas biosourcés : des « pas papous à poux » en somme, par exemple le polycaprolactone !

On peut regretter que des terres cultivables soient utilisées in fine pour faire pousser des plastiques. Si l’on en croit l’Institut des bioplastiques et biocomposites de Hanovre, les besoins actuels pour ce type d’application s’élèvent à 15,7 millions d’hectares soit 0,3% des surfaces agricoles totales ou 1% des terres cultivables.

On peut aussi se demander s’il est judicieux d’utiliser des cultures alimentaires telles que la canne à sucre ou le maïs pour en faire des matériaux, quand dans le monde une personne sur neuf souffre de la faim. Là encore ce n’est pas si simple : tous les biosourcés ne sont pas issus de ressources alimentaires. Le polyamide 11 par exemple, commercialisé par la société ARKEMA sous le nom Rilsan®, est issu de la graine de ricin qui n’est pas comestible. Il existe depuis soixante-dix ans et vous l’avez forcément déjà croisé sans le savoir : il revêt les paniers de lave-vaisselle, on en fait des tubes pour l’automobile ou… des semelles de chaussures de sport. Usain Bolt ou Antoine Griezman lui doivent une partie de leurs performances. En outre, l’industrie tente désormais d’utiliser des matières premières dites de « seconde génération » : la paille de blé, les cannes de maïs, la bagasse (le résidu des tiges de cannes à sucre dont on a extrait le jus), bref les « déchets » de l’industrie agro-alimentaire, jusqu’alors pas ou très peu valorisés.

Qu’en est-il de l’aptitude de ces « nouveaux » plastiques au recyclage ? Car s’il est intellectuellement séduisant de réduire notre consommation de ressources fossiles pour fabriquer nos matériaux, nous ne pouvons pas pour autant nous désintéresser de leur fin de vie. Un plastique reste un plastique : mieux vaut éviter de le retrouver dans l’estomac d’une tortue ou dans notre salière, qu’il soit issu de pétrole ou de résidus végétaux. Les filières de recyclage du PE (dont on fait notamment les célèbres « Tupperware ») et du PET (votre bouteille d’eau) conventionnels par exemple, sont bien établies et le bio-PE ou le bio-PET y ont d’ores et déjà leur place. Pour d’autres, par exemple le PLA, c’est une autre histoire : on ne peut le mélanger à ses petits camarades et il existe à date peu de recycleurs du PLA. Enfin, il y a « compostable » et « biodégradable ». Et dans « compostable », il y a ce qui est compostable dans le composteur du jardin et ce qui est compostable dans des conditions spécifiques, c’est-à-dire en usine spécialisée !

Alors, êtes-vous prêts à raconter cette histoire au fils de vos voisins pour qu’il soit sage pendant leur absence ou préférez-vous les papous ?

 

L’ours, le lapin et le militaire

L’ours polaire est blanc pour mieux se fondre dans le décor de glaces qu’il habite et sa fourrure épaisse lui tient chaud. Certes. Mais pas seulement. Comme d’habitude, le sujet n’est pas tant la quantité que la qualité : un poil d’ours (à gauche sur la photo) observé de -très- près est en fait plein de trous en son centre et cette structure poreuse en fait un fantastique isolant.

Sous la houlette de Hao Bai, une équipe de recherche chinoise s’est inspirée des poils de l’ours pour créer un textile synthétique « intelligent » alliant d’excellentes propriétés d’isolation thermique à une parfaite respirabilité. Elle a conçu un dispositif lui permettant de produire une fibre à base de molécules de soie et d’eau. Puis, l’eau contenue dans la fibre est refroidie, ce qui provoque l’apparition de cristaux de glace entre les molécules de soie. La glace est ensuite éliminée, créant une multitude de « vides » dans la fibre (à droite sur la photo).

Les chercheurs ont tissé des couvertures à partir de cette fibre et en ont enveloppé des lapins : l’isolation thermique était si parfaite que des capteurs de température n’ont pas pu détecter la chaleur des corps des lapins ! En somme, ils ont inventé la cape d’invisibilité… thermique. Les applications pourraient être industrielles et militaires.

 

Photo : Y. Cui et al./Adv. Mater.

Pour en savoir plus :

A thermal-invisibility cloak spun from silk and ice

A Thermally Insulating Textile Inspired by Polar Bear Hair

 

La SFIP invite le CEEBIOS pour une conférence sur le biomimétisme

A l’issue de son Assemblée Générale qui s’est tenue à Paris le 12 avril dernier, la SFIP (Société Française des Ingénieurs des Plastiques) a accueilli Laura Magro, chargée de mission au CEEBIOS (Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme de Senlis), pour une conférence inspirée et inspirante sur le biomimétisme.

Je ne redéfinis pas la notion de biomimétisme, préférant vous renvoyer à mes précédents articles sur le sujet, sinon vous m’accuseriez de radoter !

Je reprends juste deux exemples assez connus de produits bio-inspirés. Commençons avec la bardane, dont les fruits sont munis de crochets destinés à faciliter la dispersion des graines en s’accrochant à tout ce qui passe près d’eux, notamment les poils de votre chien. C’est ce qu’a remarqué George de Mestral après une balade avec le sien et ce qui l’a amené à inventer le Velcro en 1941. Et si vous préférez la pêche à la randonnée, je vous propose le Shinkansen, le train à grande vitesse japonais, dont le « nez » est inspiré du bec du martin-pêcheur.

L’évolution du nombre de publications scientifiques sur le sujet montre que l’intérêt pour cette discipline explose littéralement depuis le début des années 2000. Pourquoi maintenant ? Parce que la progression des connaissances, notamment dans le domaine de la biologie, se combine à la nécessité actuelle de prendre en compte les impacts sociétaux et environnementaux de notre développement : il est urgent d’innover autrement et de faire preuve d’humilité face à l’extraordinaire complexité du vivant.

Comment mieux utiliser l’énergie solaire et réduire notre dépendance aux énergies fossiles ? Comment colorer sans pigment ni peinture ? Comment coller sans colle ? Comment fabriquer nos matériaux dans l’eau, à température et pression ambiantes ? Comment stocker la nourriture, purifier l’eau, utiliser l’intelligence collective… Autant de questions épineuses pour nous auxquelles la nature sait depuis longtemps trouver des réponses durables.

Lors de cette conférence, j’ai découvert que la France possède le plus grand espace maritime au monde, 10% de la biodiversité mondiale connue (grâce à l’Outre-mer) et conserve 75 millions de spécimens au Museum d’Histoire Naturelle de Paris. Alors au fond, peu importe au fond de savoir si c’est Voltaire ou Ben Parker (l’oncle de Peter Parker alias Spiderman) qui a dit qu’un grand pouvoir impliquait de grandes responsabilités : avec un pareil patrimoine naturel et scientifique, nous n’avons qu’à ouvrir les yeux et retrousser nos manches pour innover autrement et durablement. On dénombre d’ailleurs dans notre pays environ 175 équipes de recherche qui travaillent sur le biomimétisme et 100 entreprises qui s’inspirent de cette démarche.

Le CEEBIOS a pour vocation de fédérer ce réseau de compétences, de contribuer à la formation et d’accompagner des projets innovants : pour vous aider dans votre démarche de bioinspiration, contactez-le ! Quant au prochain événement de la SFIP, retrouvez-en le programme ici.

 

Photo : Vincent van Zalinge sur Unsplash

La tortue, reine de la glisse

Le ski idéal doit paraît-il allier rigidité pour accrocher la neige dans les courbes et souplesse pour être maniable en entrée et en sortie de virage. Or les skis actuels sont soit souples, pour les skieurs intermédiaires, soit rigides pour les experts. Pour réunir ces deux caractéristiques apparemment incompatibles, Véronique Michaud, du laboratoire de technologie des composites et polymères de l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne), a eu l’idée de se baser sur la morphologie de la tortue alors qu’elle assistait à un séminaire sur les matériaux bio-inspirés.

«Les écailles de la tortue sont imbriquées entre elles, à l’image d’un puzzle et liées par un polymère» explique la chercheuse. « Lorsque les tortues respirent, les écailles s’écartent légèrement, et la surface est souple. Mais lorsqu’un choc survient, la carapace se bloque et se rigidifie. J’ai tout de suite pensé que l’on pourrait implémenter ces caractéristiques dans un ski. » Cette idée s’est concrétisée dans un partenariat entre l’EPFL et l’entreprise suisse Stöckli.

Pour reproduire ce phénomène, la solution la plus efficace consiste à placer à l’intérieur du ski une plaque d’aluminium dotée d’une fente en forme de serpent judicieusement placée à l’avant et à l’arrière. Lorsque le ski se plie dans un virage, les plaques de chaque côté de la fente s’imbriquent entre elles, et le ski se rigidifie, ce qui permet d’effectuer des virages précis et stables. A la sortie du virage, la fente dans la plaque s’écarte légèrement, le ski redevient souple, et il est possible de conduire le ski avec une grande finesse. «Ici, l’aluminium se comporte comme les écailles, et une couche spéciale en caoutchouc entre les couches représente le polymère de la carapace» précise Véronique Michaud.

Les skis équipés de cette solution baptisée « turtle shell » sont en vente depuis 2016, « aussi bien pour des skieurs moyens, qui cherchent à déclencher des virages sans trop d’efforts, que pour des skieurs aguerris, qui pourront en tirer le meilleur parti ».

Pour ma part et sur la base de ma seule première étoile, je m’en tiendrai aux raquettes et partirai à point.

 

Photo : Mauro Paillex sur Unsplash

Pour aller plus loin :

Des skis inspirés des écailles de tortue

Stoeckli turtle-shell technology